Il y a des trajectoires qui racontent bien plus qu’un simple changement de décor et celle de Donna Miscolta est de celles-là. Autrice américaine reconnue, elle a choisi de s’installer à Málaga en 2023, troquant les paysages du nord-ouest des États-Unis pour la lumière andalouse. Bien plus qu’un simple déplacement géographique, c’est avant tout un basculement intérieur. Chez elle, l’écriture est indissociable des questions d’identité, d’héritage et de territoire intime. Dans son œuvre, comme dans sa vie, il est toujours question de franchir des frontières, qu’elles soient visibles ou invisibles, et d’habiter cet entre-deux avec lucidité.
Son nouveau roman « Ofelia and Norma », attendu en septembre 2026, s’inscrit dans cette continuité. À travers le destin de deux sœurs jumelles, elle interroge les liens familiaux, l’image du corps et les tensions silencieuses qui façonnent les relations humaines. Aujourd’hui, à Málaga, là où elle écrit désormais et trouve une multitude d’inspirations, son regard s’élargit encore, nourri par une histoire européenne qui entre en résonance avec ses propres racines.
Vous avez quitté Seattle pour Málaga. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?
Après une visite en 2019, quelque chose à Málaga nous a profondément touchés. La lumière, la mer, et ce paradoxe d’une ville très vivante qui reste pourtant paisible. Quitter Seattle après quarante ans signifiait aussi quitter une communauté d’écrivains exceptionnelle mais j’étais prête à découvrir autre chose. Et surtout, je ne pouvais plus repousser mon désir d’apprendre réellement l’espagnol. Être ici, c’est aussi une manière de me rapprocher de la langue de ma grand-mère et de relier mon histoire familiale à celle, plus vaste, du passé colonial de l’Espagne.
Comment vivre à Málaga a-t-il transformé votre rapport au chez-soi ?
San Diego est l’endroit où je me suis construite, Seattle, celui où je suis devenue écrivaine, Málaga est celui où je me sens la plus libre de créer. En tant qu’immigrée, je suis ici véritablement étrangère, et j’aime cette ironie. Je me sens profondément chez moi dans un lieu où je ne le suis pas au sens traditionnel. Le chez-soi est une sensation, pas une adresse.
Votre œuvre explore souvent le fait de ne pas appartenir pleinement. Quand en avez-vous pris conscience pour la première fois ?
Je suis née à San Diego, dans un environnement très diversifié, et enfant, je pensais que le monde était ainsi. Puis nous avons déménagé à Hawaï, et là, j’étais la seule enfant brune dans ma classe. Cette expérience m’a fait comprendre très tôt qu’il existe des espaces où l’on ne s’intègre pas complètement.
Être mexicaine et philippine, comment cela façonne-t-il votre regard ?
Mes parents ne nous ont pas transmis leurs langues. Mon père ne parlait pas tagalog avec nous, ma mère ne parlait pas espagnol. Nous étions des enfants bruns sans véritable accès à ces héritages. Cela m’a rendue très attentive aux dynamiques d’inclusion et d’exclusion. J’observe beaucoup, et ces observations nourrissent évidemment mon écriture.
Qu’écrivez-vous aujourd’hui depuis l’Espagne ?
Pendant longtemps, mes histoires se déroulaient en Californie du Sud. Aujourd’hui, vivre en Espagne change tout. Je me trouve dans un pays qui a des liens historiques complexes avec le Mexique et les Philippines. Cela me donne envie d’explorer ce sentiment d’être à la fois proche et étrangère, comme si j’étais invitée à une fête sans vraiment en faire partie.
Quel rôle la communauté joue-t-elle dans votre vie ici ?
Dès mon arrivée à Málaga, j’ai cherché à rencontrer d’autres écrivains. Être entourée de personnes qui vivent aussi à travers les mots crée un lien immédiat. C’est essentiel, surtout quand on passe autant de temps dans sa tête, avec des personnages imaginaires.
À travers son parcours, l’auteure Donna Miscolta nous rappelle que l’identité n’est jamais figée. Elle se déplace, se redéfinit, se confronte à d’autres récits. La ville de Málaga devient alors bien plus qu’un décor, elle est cet espace de transformation, ce point d’ancrage mouvant où l’écriture trouve une nouvelle respiration. Entre mémoire et présent, entre héritage et invention, elle trace une voie singulière, profondément humaine, qui résonne avec tous ceux qui, un jour, ont cherché leur place ailleurs.
Pour plus d’informations : https://donnamiscolta.com


