Alors que la tempête Oriana frappe une nouvelle fois l’Andalousie, beaucoup espèrent qu’il s’agit du dernier épisode d’une série météorologique éprouvante. Pourtant, dans l’arrière-pays malaguène, un autre événement capte l’attention avec une vieille infrastructure oubliée qui vient d’entrer dans l’histoire. En effet, il faut imaginer la « presa » de Montejaque, une retenue d’eau construite dans les années 1920, dressée dans un paysage karstique spectaculaire, pensée à l’origine pour produire de l’électricité ( elle est située au cœur du triangle formé par les villages de Benaoján, Montecorto et Setenil de las Bodegas). Malheureusement, elle n’a pratiquement jamais fonctionné comme prévu. Pendant un siècle, cette « presa » est restée une sorte de fantôme industriel où l’eau s’infiltrait dans le sol calcaire avant même de pouvoir constituer un véritable réservoir. Mais ces derniers jours, sous l’effet des pluies répétées, le niveau a grimpé comme jamais. À quelques dizaines de centimètres de sa cote maximale, la retenue a commencé à évacuer l’eau par son système de siphons, un mécanisme d’ingénierie ancien, jamais réellement mis à l’épreuve jusqu’ici. Pour les techniciens, c’est presque une démonstration grandeur nature d’archéologie hydraulique. Le débit sortant est tout simplement impressionnant. On peut observer des centaines de mètres cubes par seconde s’engouffrer dans le réseau souterrain de grottes situé en contrebas, qui joue le rôle d’amortisseur naturel. Face à la montée des eaux, les autorités n’ont pris aucun risque. Environ 150 riverains ont été évacués préventivement en aval et le message officiel est aujourd’hui très clair. La situation est sous contrôle, les dispositifs ont fonctionné comme prévu, et le suivi du cours d’eau est permanent. La vigilance reste toutefois maximale. Garde civile, équipes d’urgence et ingénieurs surveillent en continu l’évolution du débit, tandis que des analyses géologiques sont menées autour de l’ouvrage. Le souvenir d’une infrastructure réputée instable explique cette prudence. Pendant des décennies, on a considéré que cette retenue ne pourrait jamais se remplir sérieusement or, c’est précisément ce qui vient de se produire. Le plus fascinant tient peut-être à la nature du terrain. Le sol poreux, responsable de l’échec historique du projet hydroélectrique, devient aujourd’hui un allié. L’eau disparaît en partie dans le système souterrain, limitant la pression directe sur la structure. Les grottes agissent comme une soupape géologique que les ingénieurs n’auraient jamais pu reproduire artificiellement avec autant d’efficacité.
Pendant que la tempête Oriana balaie encore la région, cette vieille « presa » raconte une autre histoire cher lecteur, celle d’un ouvrage conçu pour un futur industriel qui n’est jamais venu, et qui trouve, un siècle plus tard, sa première vraie utilité. Une leçon d’humilité face au temps, à la météo et à la géologie.


