À l’heure où le golf est régulièrement interrogé sur son avenir, son impact environnemental et son accessibilité, la parole de ceux qui le structurent devient essentielle. Président de la Fédération française de golf, Pascal Grizot défend une vision claire et assumée, fondée sur la performance, la responsabilité et l’utilité sociale du sport. Dans un entretien qu’il a accordé à Esprit Sud Magazine, il revient sans détour sur les enjeux actuels du golf français, son évolution, son rôle auprès des jeunes générations et la place qu’il souhaite lui voir occuper dans le monde de demain. Ce grand entretien vous sera proposé dans notre prochain numéro d’Esprit Sud Magazine, numéro 24, spécial printemps.
À la tête de la Fédération française de golf depuis plusieurs années, Pascal Grizot assume et privilégie une vision de long terme. Pour lui, son engagement ne se découpe pas en mandats successifs mais s’inscrit dans une continuité. « J’ai le sentiment que mon mandat a commencé bien avant ma réélection. Les investissements réalisés au début portent aujourd’hui leurs fruits, notamment sur le plan sportif. »
Les résultats sont visibles aujourd’hui en France avec des centres de performance, pensés pour accompagner l’élite dès le plus jeune âge. Ces institutions mises en place jouent désormais un rôle central. Lors de la dernière Junior Ryder Cup, sept joueurs français figuraient parmi les douze sélectionnés. Un signal fort pour le golf hexagonal. « C’est évidemment le talent des joueurs, mais aussi la qualité de l’encadrement et des infrastructures mises à leur disposition qui mènent à ces résultats. »
Au-delà de la performance, Pascal Grizot revendique un rôle de fédérateur. Le golf français a longtemps été fragmenté entre golfs privés et publics, directeurs, greenkeepers, propriétaires et instances. La crise sanitaire a marqué un tournant. « Quand il faut dialoguer avec les pouvoirs publics, il vaut mieux être une filière soudée plutôt qu’un ensemble de voix discordantes. » Aujourd’hui, il assume d’incarner cette unité, sans chercher à décider seul. « Je veux porter les projets, mais surtout qu’ils soient compris et partagés par le plus grand nombre. » Cette logique s’est traduite par une réforme importante du mode de gouvernance. En élargissant le droit de vote aux propriétaires de golfs, la Fédération a gagné en représentativité. « J’ai voulu que ceux qui investissent dans le golf puissent aussi participer aux décisions. » Cette réforme, validée par une large participation et un soutien massif, renforce la légitimité de la Fédération.
Le défi majeur, Pascal Grizot le souligne, reste avant tout environnemental. Le golf est régulièrement pointé du doigt pour sa consommation d’eau et l’usage de produits phytosanitaires. Pascal Grizot préfère répondre par des faits. « Le golf représente moins de 0,01 pour cent de l’utilisation des produits phytosanitaires en France et 0,07 pour cent des prélèvements d’eau. » Les chiffres, même s’ils sont faibles, n’excluent pas la nécessité de viser des améliorations. « Même si nos consommations sont raisonnables, nous devons continuer à les réduire, c’est impératif. »
La difficulté réside dans la taille du marché. Trop petit pour attirer seul la recherche privée, le golf doit financer ses propres programmes. « Personne ne va investir dans la recherche pour mille hectares de greens. C’est donc à la filière de prendre sa part, avec l’aide de l’État. » L’objectif est clair, nous dit-il : il faut trouver des alternatives durables sans fragiliser l’existence même des parcours. « Si demain on ne pouvait plus arroser ou entretenir les greens, c’est toute la filière qui serait en danger. »
Pour Pascal Grizot, le golf ne se résume pas à une activité sportive. Il défend une utilité sociale forte. « Le golf permet de pratiquer une activité physique jusqu’à un âge très avancé. C’est excellent pour la mobilité, le cardio et la santé globale. » Mais il insiste surtout sur les bénéfices mentaux, notamment chez les jeunes. « Le golf apprend la patience, la gestion de la frustration, l’acceptation de l’erreur. Dans un monde de gratification immédiate, je pense que c’est essentiel. »
L’image élitiste du golf reste un frein, une réalité que Pascal Grizot replace dans son contexte économique. « Le golf est beaucoup moins subventionné que d’autres sports. Il faut construire et entretenir des infrastructures lourdes. » Pour répondre à cette perception, la Fédération mise sur des formats plus accessibles. Il rappelle que les parcours compacts urbains, héritage direct de la Ryder Cup, ont permis à des dizaines de milliers de nouveaux pratiquants de découvrir le golf dans des conditions plus simples et moins coûteuses.
La jeunesse demeure au cœur de la stratégie fédérale avec l’accès gratuit aux parcours pour les moins de seize ans licenciés, selon les conditions du Junior Pass, les compétitions Junior Series et la valorisation des écoles de golf. « Ce qui motive les enfants, c’est la compétition, pas de taper des balles au practice. Il faut les emmener sur les parcours. » Un modèle solidaire s’est même mis en place, où certains joueurs professionnels reversent une partie de leurs gains pour financer la formation des plus jeunes.
Sur le plan international, Pascal Grizot observe avec attention les bouleversements du golf professionnel. Concernant le LIV Golf, il adopte une position mesurée. « Je comprends les raisons de sa création, mais je pense que ce circuit a fragmenté le golf au lieu de le rassembler. » Son souhait reste le dialogue et la coopération. « Il vaut mieux jouer ensemble que les uns contre les autres. » L’Espagne occupe une place particulière dans sa réflexion. Il reconnaît volontiers l’excellence du modèle espagnol. « Nous avons beaucoup à apprendre de ce qui a été fait en Espagne, aussi bien chez les amateurs que chez les professionnels. » Les échanges entre fédérations sont réguliers et nourrissent une dynamique commune.
Retrouvez, cher lecteur, cher sportif, l’intégralité de cette interview dans notre prochaine édition, disponible gratuitement le 21 mars 2026.


