Cordoue, suivez le guide !

Rédigé le 05/04/2022
Frederic André


C’est la cité où se célèbrent au quotidien toutes les cultures. *

Tout simplement spectaculaire, elle mixe vestiges romains, wisigoths, arabes, juifs et catholiques. Ce réel paradis d’architectures métissées, jadis capitale de l’Hispanie ou du Califat des Omeyyades, est une destination aux mille et une nuances. Et trônant avec grande fierté en son centre historique, sa célèbre mosquée-cathédrale allie avec magie, foi et trésors artistiques. Respirant à pleins poumons la diversité et inspirante par l’offre touristique qu’elle dispense, Cordoue est la garantie d’un séjour fantastique dans la plus pure des traditions andalouses. De plus, peu de villes peuvent se vanter, comme elle, de posséder quatre inscriptions différentes à la Liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco. Bien entendu, l’impressionnante mosquée cathédrale que l’on surnomme aussi la “reine des regards”; monument le plus impressionnant et le plus important de tout l’Occident islamique, mais aussi le quartier historique qui l’entoure (ou “la Judería”), la fête des patios et la Medina Azahara. Ce sont autant d’atouts de charme de cette ville si riche d’un point de vue historique et patrimonial. Alors partez avec votre guide Esprit Sud à la découverte de ce joyau d’Al Andalus



La mosquée-cathédrale de Cordoue, un sentiment de paix et de sérénité

Symbole millénaire de la cohabitation religieuse et culturelle, juxtaposition de deux confessions, voici le joyau architectural andalou par excellence. Ce très bel édifice aux riches détails architecturaux orientaux est probablement le lieu le plus mystique du pays. Il y règne une atmosphère unique et c’est une véritable chance qu’une telle cathédrale soit aussi bien entretenue et si parfaitement rénovée. On y voyage à travers le temps et les cultures. Ce temple sacré voit coexister une époustouflante mosquée et une impressionnante cathédrale. Tout est grandiose dans ce lieu chargé d’histoire, on peut y passer des heures...

L’histoire de cet édifice religieux débute par la construction d’un temple romain dédié au dieu Janus à l’époque de la Bétique. Sur ces fondations, les Wisigoths construisirent une basilique. On peut d’ailleurs observer les reliques de la construction de l’époque sous la mosquée-cathédrale à l’abri d’un sol de verre. Le temple de culte musulman fut construit quant à lui sur une période de plus de deux siècles entre le 8ème et le 10ème siècle. Les premières pierres furent posées sous Abd Ar-Rahman I, dont le rêve était que la mosquée de Cordoue surpasse celle de Byzance ou de Bagdad. Les siècles qui suivirent son expansion ont vu la mosquée gagner en splendeur sous les califats successifs.

En 1236, la mosquée se mue en maison de Dieu après la conquête de la ville par Ferdinand III de Castille. Elle sera préservée. Plus tard, lors du règne de Charles Quint, la grande chapelle sera construite et une partie de l’impressionnante forêt de colonnes sera détruite. L’Empereur regretta vivement son choix: “j’ai procédé à la destruction de quelque chose d’unique et je l’ai converti en quelque chose de banal, qui peut être construit à n’importe quel autre endroit”. Le mihrab, les surprenantes arches, l’ancien minaret ou tour del Alminar, le patio des orangers, autant de raisons de visiter ce lieu si envoûtant!



L’entrée fixée à 11€ peut paraître onéreuse mais elle reste justifiée par la beauté de l’édifice en lui-même. Petite astuce, l’accès est gratuit tous les matins de 08:30 à 09:30 pendant le culte



Toc toc, qui est là ?

Dans le sud de l’Espagne, les poignées de portes des palais seigneuriaux ou des superbes maisons andalouses sont généralement des pièces de toute beauté. À Cordoue, c’est bien entendu le cas et les portes ornées de leurs luxueux accessoires sont probablement les plus belles d’Espagne. Dans le quartier de la Judería, elles sont d’ailleurs mitraillées par les touristes provenant du monde entier tant chacune est unique. Les amateurs de photographies réalisent régulièrement des reportages consacrés uniquement à ces superbes devantures d’habitation. Poignées exceptionnelles inspirées par l'Orient, elles sont raffinées et inspirent à la poésie. Béquilles et accessoires de portes évoquant le califat, l’empire Al Andalus, les trois cultures,... Cela attirera à coup sûr votre regard!



L’Alcazar des Rois Chrétiens de Cordoue

Ce palais de Cordoue est vraiment magnifique. Même si c’est une courte visite qui vous est proposée dans les bâtiments intérieurs, la découverte ensuite des jardins est juste superbe. Si la bâtisse possède des caractéristiques islamiques, elle fut majoritairement construite sous la domination chrétienne. Les vestiges romains côtoient ceux de l’époque wisigothe et les aménagements mauresques rendent ce palais califal somptueux. Alphonse X dit Le Sage et Alphonse XI sont les principaux artisans de cette future résidence des Rois Catholiques. Elle deviendra, fin du 15ème siècle, en pleine période de l’Inquisition, le siège des tribunaux de l’Office Sacré. Début du 19ème siècle, le bâtiment se mua également en prison. Remarquez la proximité de cet Alcazar cordouan avec le fleuve Guadalquivir et la présence de moulins à eau qui permettaient jadis l’irrigation des jardins via un système de levage. La forteresse en impose par sa structure rectangulaire aux murs interminables, assemblages infranchissables de pierres taillées. Les quatre tours, disposées aux différents angles (celles de l’Hommage, de l’Inquisition, des Lions et des Colombes) complètent l’incroyable tableau architectural. Ce haut lieu historique l’est pour plusieurs raisons. Isabelle La Catholique et Ferdinand y ont vécu huit années, période durant laquelle ils ont préparé la conquête du dernier bastion musulman sur la péninsule ibérique, la ville de Grenade. Les murs de cette forteresse ont également vu le navigateur Christophe Colomb présenter aux monarques, son projet de conquête de la route de l’ouest pour atteindre les Indes. 

Découvrez donc principalement un petit jardin versaillais aux couleurs andalouses, sur la jolie place Campo Santo de los Mártires. Les entrées ne s’achètent qu’en ligne et au minimum 24h00 à l’avance. Le prix de l’entrée est fixé à 5€. Comptez une heure, chers lecteurs, pour effectuer une visite complète, qui clairement vaut le détour! 



Un pont à traverser…

Il n’y a pas de plus belle manière d’entrer dans Cordoue qu’en traversant ce pont rempli d’histoire et dans un excellent état de conservation. Il enjambe le Guadalquivir et la réserve naturelle ( qui porte le nom de Sotos de la Albolafia) bordant le fleuve, véritable paradis des oiseaux migrateurs. Jadis, on ne pouvait pénétrer dans la vieille ville dominée par la mosquée-cathédrale que par la porte du Pont Romain, où trône la Tour Calahorra.



Entrez dans le Palais de Viane…

Quittons le magnifique quartier historique de la Judería et prenons la direction de la Place de Don Gome. S’y dresse un majestueux palais renfermant un trésor inestimable. Le palais de Viane est un superbe édifice datant du 14ème siècle, entouré de douze magnifiques patios et d’un fantastique jardin. Le tout forme un tableau parfait où règnent art, harmonie et beauté.

Les patios, aux thématiques différentes, constituent un grandiose musée à ciel ouvert, parfumé par les différentes espèces florales qui le décorent.

Sophie de Lancaster, dernière marquise de Viana, issue de la lignée des Villaseca, a su conserver l’origine exquise de ce palais qui fut vendu en 1980 à la banque Caja Sur. Les nombreuses pièces de cette demeure abritent une collection invraisemblable de peintures, de vaisselles, de mosaïques, de tapisseries, de carreaux de faïence, d’armes à feu et de cuirs exceptionnels. J’ai été littéralement emporté par l’impressionnante bibliothèque et par les hallucinantes tapisseries effectuées au départ de peintures de Goya. Un trésor au sein de la cité fantastique à ne manquer sous aucun prétexte. Ne vous contentez pas uniquement des espaces extérieurs, optez pour la visite complète ( et guidée) avec l’intérieur de l’hôtel particulier, même si elle est en espagnol. 

Plaza de Don Gome, 2 Fermé les lundis. Prix de la visite des patios: 6€ et de la visite complète guidée: 10€ 



La fête des patios et la magie des fleurs

S’il y a une période idéale pour visiter l’ancienne capitale du califat, c’est bien lors de la première quinzaine de mai, à l’occasion du célèbre festival des patios. Les maisons s’ouvrent au public et dévoilent leurs superbes patios fleuris et décorés. Ces espaces à ciel ouvert inclus dans les maisons cordouanes ont toujours eu un rôle essentiel au quotidien. On y retrouve la fraîcheur, c’est le véritable centre névralgique de la chaumière. Découvrez alors une ville qui vibre et dont les habitants vivent au rythme du flamenco dans les ruelles qui embaument les effluves de fleurs d’oranger et de jasmin.

Depuis 1918, le concours est organisé par la ville. Les propriétaires qui désirent y participer rivalisent de créativité pour offrir aux visiteurs les patios les plus somptueux. Ces cours intérieures révèlent alors leurs secrets les plus cachés mais pour quelques jours seulement.


Ces paradis floraux vous attendent chers lecteurs


Après les trois trésors incontournables de la ville et une fête mémorable, votre guide Esprit Sud Magazine vous propose ses douze coups de cœur. 

Voici quelques endroits insolites, restaurants, boutiques, ateliers d’artisans, ...

 



Le bar Santos (Calle Magistral González Francés ,3)

Au pied de la mosquée-cathédrale, c’est une véritable institution. Une incroyable expérience locale vous y attend. On y déguste probablement la meilleure tortilla de patata d’Andalousie aux allures de meule de fromage. Un vin blanc de Montilla-Morilles accompagne votre succulente omelette-pommes de terre et votre délicieux salmorejo. Ne rebroussez pas chemin face à la longue file d’attente, le service est plutôt rapide et les tapas se dégustent sur les murailles du temple religieux face à la « taberna ». À consommer sans modération!



L’atelier de cuir Meryan (Calleja de las Flores,2)

Cette très belle boutique articulée autour d’un très joli patio propose un artisanat de qualité. On retrouve donc de la maroquinerie authentique au sein d’une bâtisse du 17ème siècle, un cuir « frappé repoussé » avec un savoir-faire qui se transmet de génération en génération. On découvre dans cet atelier de cuir comment sont fabriquées les pièces incroyables exposées et mises en vente. Les artisans vous expliquent en détail tous les processus et vous encouragent à visiter toute la maison. Une visite spectaculaire à ne pas manquer


Mercado Victoria (Paseo de la Victoria) 

Voici un marché couvert en mode street et world food qui vous séduira sans le moindre doute. La cuisine locale aux couleurs de salmorejo, de flamenquine et d’aubergines frites y est bien représentée mais on retrouve des plats qui trouvent leur origine aux quatre coins du monde. N’y allez pas trop tard si vous souhaitez une place assise! Retrouvez-y des produits de qualité et une ambiance festive. On ne sait où donner de la tête! Un régal pour les yeux et les papilles. Un incontournable 



Cerámicas Leonardo (Calle Puerta de Almodóvar, 2, 14)

Poussez les portes de cet atelier-boutique et découvrez l’artiste qui travaille devant vous. De magnifiques créations faites à la main dans un écrin « espace de création d’artiste » qui n’a pas l’allure ennuyeuse de toutes les boutiques de souvenirs de ce vieux quartier. Une quatrième génération de céramistes à la gentillesse et au talent infinis.



Restaurant marocain Qurtubah (Calle Céspedes, 8)

Pour vous plonger dans un conte des mille et une nuits le temps d’un délicieux repas aux saveurs orientales, réservez une table dans ce superbe restaurant. Goûtez-y par exemple une succulente pastilla aux saveurs incroyables, probablement la meilleure que j’aie pu goûter. Un véritable régal dans un lieu magique. Attention petit bémol, on ne sert pas d’alcool dans ce restaurant ; ce qui peut surprendre. Mais l’option thé « moruno » à la menthe fraîche vous fera oublier l’absence de vin!


Fleuriste Pinsapo (Calle San Felipe, 11)

Voici un endroit très beau, tant pour sa devanture que pour son intérieur. Rafa se démarque par sa formation, son goût et son style propre, unique dans l'art floral. On y retrouve bien entendu des fleurs magnifiques mais l’endroit regorge aussi de beaux objets de décoration, originaux et singuliers, neufs ou pièces d’antiquité. Élégance, accueil chaleureux et raffinement dans un seul et même endroit



Centro de Creación Contemporánea de Andalucía C3A (Calle Carmen Olmedo Checa)

Pour les amateurs d’art contemporain et d’architecture, votre guide Esprit Sud magazine vous fixe rendezvous dans ce temple de l’Art Contemporain. Un splendide bâtiment doté de belles galeries vous y attend. Lors de notre visite, quelques noms célèbres (Yoko Ono, Shazia Sikander) vous seront présentés tout comme différents artistes montants de pays hispanophones. Avec ses sculptures, ses installations vidéos, sa bibliothèque entièrement consacrée au monde du cinéma, ce lieu, situé de l’autre côté du Guadalquivir, est riche en surprises.



Des fleurs comme s’il en pleuvait…

La Calleja de las Flores est une bien belle ruelle, richement fleurie et donnant sur une petite impasse où l’on retrouve quelques boutiques d’artisans. Pointe au loin, le minaret-clocher de la mosquée-cathédrale pour une photographie bien symbolique. Sur ce cliché, on retrouve la quintessence de ce qui constitue la beauté et la magie de Cordoue. Passage étroit, murs blancs peints à la chaux, pots bleutés en céramique remplis de fleurs aux couleurs de l’arc-en-ciel et en arrière-plan, la partie culminante du temple religieux. Le « spot photo » à ne pas manquer! 



29 août 1947 (Cimetière de Nuestra Señora de la Salud, Avenue de los Custodios.)

Manolete perd la vie des suites d’une estocade lors d’une corrida à Linares. À trente ans, la popularité d’El Cordobés est au sommet et il devient une légende de la tauromachie. « Manolete est mort ! » est la phrase la plus entendue en ce triste jour. La tombe où repose Manolete se trouve près des cyprès, dans un joli cimetière situé près du centre-ville. Elle impressionne par son mausolée de marbre blanc sur lequel repose le torero allongé sur une capote de brega. Quant à l’habit de lumière qu’il portait lors de cette ultime acte, il fut offert à Franco avant de rejoindre le Musée Taurin de Madrid, situé à Las Ventas. 


La place de la Corredera et ses antiquaires

Voici une élégante place, étonnamment grande dans un centre historique si réduit. L’ambiance qui y règne à la tombée du jour est sympathique et décontractée. On y prend un verre, on observe la vie des Cordouans. Elle donne sur un petit marché couvert où les échoppes regorgent d’excellents produits. La majestueuse place rectangulaire accueille aussi sous ses arches les tables de brocanteurs.



Les chevaux à Cordoue

Jerez n’a pas le monopole de ce qui se fait autour du cheval andalou. Cordoue tire son épingle du jeu notamment avec ses Écuries Royales, construites au 16ème siècle par le roi Philippe II, grand amateur du cheval andalou. L’endroit est magnifique même s’il ne se visite pas. On peut, par contre, réserver des places pour un très beau spectacle mêlant dressage de chevaux et flamenco. Il n’est pas rare d’assister à l’entrée des écuries à des sessions d’entraînement et de dressage et il est parfois même possible de caresser les pur-sangs. Le cheval est aussi mis à l’honneur lors des fêtes de la ville et les ferias de Nuestra Señora de la Salud. Les ruelles de la ville se remplissent de calèches à chevaux à bord desquelles se pavanent de belles Andalouses en costumes flamenco. Les Cordouanes ont la réputation d’être les plus belles femmes du sud de l’Espagne.



Le restaurant Almudaina (Place Campo Santo de los Mártires, 1)

On y pousse les portes pour y vivre une expérience gastronomique ibérique unique! Construit autour d’un incroyable patio, véritable îlot de fraicheur et de verdure luxuriante, on part pour un réel voyage culinaire, tant visuel que gustatif. Un peu plus cher que les autres restaurants du quartier mais la qualité du service et le dépaysement proposé font vite oublier la note.



La Madinat al-Zahra, cité de lumière oubliée

En quittant Cordoue, votre guide Esprit Sud Magazine vous invite à vous plonger au 10ème siècle et à prendre la direction du joyau historique, la Madinat al-Zahra. Située stratégiquement un peu à l’écart de la ville et sur les contreforts de la chaîne de montagnes, la Sierra Morena, cette ville « de lumière » comme son nom l’indique vous surprendra par sa grandeur et sa beauté. Le calife Abderramán III, soucieux de montrer au monde la splendeur de son califat, décide en 936, de fonder une ville palatiale spectaculaire afin d’exposer au monde entier sa puissance. Pièce éphémère du riche patrimoine islamique occidental de l’Al Andalus, elle fut sacrifiée moins d’un siècle après sa création. Les guerres internes du royaume ont eu en effet raison de cette cité administrative du califat. Ce sont plus de 100 hectares de réelle beauté qui s’exposent à vos yeux ébahis. Les archéologues continuent leurs recherches sur le site qui ne correspondrait actuellement qu’à un dixième de ce qui serait à mettre à jour.

D’un point de vue pratique, le site est situé à moins de sept kilomètres de la ville de Cordoue. Attention, il est fermé le lundi. Vous débuterez la visite par la découverte du splendide musée didactique où se retrouvent les plus belles pièces retrouvées sur place. Un film très intéressant est également projeté en continu dans un amphithéâtre. Ensuite, embarquez à bord d’une navette (coût 2,5 euros) et faites un bond de 11 siècles dans le passé, pour découvrir les vestiges de l’ancienne cité. Le complexe architectural est tout simplement exceptionnel et les vestiges qui le composent sont intacts et sont les témoins d’un riche passé. Le grand portique correspondant à la porte d’entrée des visiteurs prestigieux est majestueux. La mosquée Aljama, un grand jardin et un bâtiment consacré aux hommes de l’armée figurent parmi les musts de la visite. Voici donc l’ensemble archéologique fantastique d’une ancienne cité islamique de toute beauté, preuve aussi d’une grande avancée tant artistique que technique qui vous ramène au 10ème siècle, dans la splendeur de l’Al Andalus… 

Madinat al-Zahra, Ctra.Palma del Rio, km 5.5, 14005 Cordoue. www.museosdeandalucia.es