Poésie, fil d'or qui traverse les siècles et les cultures

Rédigé le 20/03/2026
Layla Sabourian


Certaines formes d'expression voyagent sans effort à travers les siècles, les frontières et les langues, la poésie en fait partie. Chaque année, le 21 mars, le monde célèbre la Journée Mondiale de la Poésie. L'initiative a été lancée en 1999 par l'UNESCO à Paris, une ville qui a toujours compris que le langage, à son expression la plus pure, devient art. La littérature française a longtemps considéré la poésie comme la plus haute forme de l'écriture, des troubadours médiévaux à Victor Hugo, de Charles Baudelaire à Arthur Rimbaud.

La date du 21 mars n'est pas un hasard, elle coïncide avec Nowruz, le Nouvel An iranien et l'équinoxe de printemps, célébrés depuis plus de 3 000 ans en Iran, en Asie centrale et en Irak. C'est le moment où l'obscurité et la lumière s'équilibrent parfaitement, où l'hiver relâche son emprise et où le printemps renaît. C'est également un retour symbolique au berceau de la poésie. En ancienne Mésopotamie, le premier poème connu de l'histoire humaine a été écrit par Enheduanna, grande prêtresse ayant vécu vers 2.300 av. J.-C., qui composait des hymnes dédiés à la déesse Inanna.

Le printemps, le renouveau, la poésie arrivent sur cette terre ancienne. On peut appeler cela une coïncidence mais un poète y verrait probablement autre chose. Depuis ces premiers vers, la poésie s'est diffusée à travers les cultures et les langues, trouvant des racines profondes dans les traditions françaises et espagnoles. Ici, en Andalousie, elle fait partie intégrante du paysage. Le poète andalou Federico García Lorca a su capturer l'âme de cette région à travers des images si vivantes qu'elles semblent presque météorologiques. « Verde, cómo te quiero verde. Verde viento. Verdes ramas ». Des siècles plus tôt, au XIe siècle à Cordoue, le poète Ibn Zaydun écrivait des vers lyriques sur l'amour, l'exil et la beauté éphémère (des thèmes qui résonnent encore aujourd'hui pour quiconque a vécu entre les lieux et les cultures).

Beaucoup d'entre nous, sur la Costa del Sol, sommes arrivés avec des langues, des histoires et des souvenirs qui ne trouvent pas toujours leur place dans la vie quotidienne. Nous naviguons entre les cultures, entre le familier et l'étranger. Étant moi-même auteure d'origine iranienne, j'ai grandi dans un foyer où les vers étaient récités naturellement, presque sans y penser, comme si le poème avait toujours attendu dans la pièce. Ce n'est que plus tard, vivant loin de chez moi, que j'ai compris quel cadeau c'était. La poésie m'avait silencieusement appris à ressentir ce que je ne savais pas encore nommer. Elle peut faire de même pour chacun d'entre vous.

Un poème offre quelque chose de rare à notre époque de vitesse et d'écrans, elle devient une véritable pause. Quelques mots qui désignent exactement ce que l'on ressent, sans jamais pouvoir le dire autrement. Il n'est même pas nécessaire de comprendre chaque mot d'un poème pour en sentir le rythme. Comme l'a écrit le poète persan Rumi, « au-delà des notions de bien et de mal, il y a un champ, je t'y retrouverai ».

Si l'envie vous prend de pratiquer l'écriture poétique ce mois-ci, deux ateliers d'écriture ont été organisés sur la côte, l'un en anglais, l'autre en persan. Que vous soyez débutant ou écrivain confirmé, ces espaces sont faits pour écrire, partager et être entendu. Si l'écriture vous semble intimidante, venez simplement écouter. Entendre la voix des autres est souvent la première ligne du poème.

Le 21 mars, la Journée Mondiale de la Poésie avec son récital multilingue, en français, anglais, espagnol et persan à la Biblioteca Publica Arroyo de la Miel

Ce soir-là, venez lire les textes que vous aurez écrits lors de nos ateliers (ou venez simplement écouter les autres). Un seul événement, quatre langues, une seule scène, un seul fil d'or, celui de la poésie.

La poésie ne demande pas d'être un expert, elle demande seulement d'être présent.

Ce 21 mars, des cafés de Paris aux rivages de la Costa del Sol, la plus ancienne conversation du monde continue.

Venez écouter, venez écrire, venez partager.