En Andalousie, là où les oliviers se mêlent aux fragrances de jasmin et où chaque colline porte en mémoire la lumière d’un soleil éternel, un lieu singulier attire les regards, les pas et fait très souvent fondre le cœur des voyageurs. Il s’agit du cimetière de San Sebastián, situé à Casabermeja. Ce village blanc, souvent qualifié d’étrange, perché sur les contreforts des « Montes de Málaga », possède un patrimoine funéraire qui n’a rien de morbide, car celui-ci chante la vie, la tradition et la beauté tout en entretenant le mystère.
Lorsque l’on approche du cimetière, ce ne sont pas des tombes que l’on voit depuis la route qui relie Málaga à Antequera, mais des façades blanchies à la chaux, une multitude de petites maisons empilées et des balcons de pierre ouvragée. Le tout évoque un « village pour les âmes », un havre de paix pour l’éternité. Ce lieu de dernier repos, dominant la colline, est composé de mausolées, de tombes et de niches. Ces éléments forment une véritable cité miniature, un quartier sacré aux allures urbaines, défiant toutes les conventions classiques de l’architecture funéraire.
Longtemps entouré de légendes, le cimetière a vécu avec celle racontant que les morts y seraient enterrés « debout », comme des sentinelles immobiles veillant sur la vallée. La vérité est bien plus subtile, avec un agencement particulier des niches, en trois niveaux (corps du défunt, pierre tombale, fronton décoratif), donnant cette illusion si poétique lorsqu’on le regarde de loin.
Revenons à présent sur l’histoire de ce lieu. Construit au XVIIIᵉ siècle, ce cimetière fut l’un des premiers en Espagne à rompre avec la sépulture traditionnelle à l’intérieur des églises. Il répondait alors aux réformes sanitaires du règne de Carlos III. Petit à petit, à mesure que la population du village de Casabermeja grandissait, le cimetière s’est étendu, s’enrichissant de styles néoclassiques mais aussi populaires. Avec le temps, le cimetière de San Sebastián est devenu un véritable patrimoine historique, jusqu’à cette œuvre d’art populaire que l’on découvre aujourd’hui avec passion. Il fut classé Monument national en 1980, puis, plus récemment, Bien d’Intérêt Culturel en 2006. Cette reconnaissance officielle lui a été attribuée pour sa singularité architecturale et pour le lien profond qu’il entretient avec la valeur identitaire qu’il revêt pour la région.
Le mythe né sur cette colline n’est d’ailleurs pas uniquement local. Au fil des décennies, le site a attiré l’attention d’amateurs de culture et de voyageurs curieux venus parfois de très loin. Pour certains visiteurs américains ou australiens, sillonnant l’Espagne à la recherche de lieux hors des sentiers battus, il est même devenu une étape presque incontournable pour comprendre comment, ici, la mort se conjugue avec beauté, paysage et respect. Même si les statistiques de fréquentation internationales ne sont pas disponibles, la notoriété touristique du cimetière a été mentionnée dans de nombreux médias culturels et dans de multiples guides de voyage, et ce, à travers le monde.
En 2026, une nouvelle page de l’histoire de ce lieu va s’écrire. La Junta de Andalucía, via sa « Consejería de Turismo y Acción Exterior », vient d’accorder une aide de 100 000 euros à un projet de mise en valeur du cimetière de Casabermeja, inscrit dans un plan plus large de 154 000 euros d’investissements totaux. Cette somme vise à sublimer l’âme du lieu. Au-delà de la restauration de certains murs et chemins, la volonté est d’offrir aux visiteurs une compréhension plus profonde de ce site, notamment par la création d’un espace d’interprétation avec deux salles d’exposition dédiées à son histoire et aux spécificités de son architecture funéraire, l’amélioration des parcours de visite, une accessibilité renforcée grâce à l’installation d’une rampe dans les zones escarpées, ainsi que la mise en place d’une nouvelle infrastructure d’éclairage et de nouveaux espaces verts autour du cimetière.
Interrogés, les responsables du tourisme andalou expliquent que cette initiative ne constitue pas uniquement un geste financier, mais une véritable reconnaissance d’un site profondément enraciné dans l’histoire locale. Selon eux, ce cimetière et ce qu’il représente disposent d’un potentiel culturel et touristique considérable. Aujourd’hui, le cimetière de Casabermeja est bien plus qu’un lieu de repos et de mémoire : il se mue en acteur vivant du patrimoine, où l’on peut sentir vibrer l’âme de l’Andalousie dans chaque pierre blanche au soleil couchant.
Nous vous invitons, cher lecteur, à découvrir ce lieu de plénitude lors de votre prochaine visite dans la campagne andalouse…



