En plein cœur de l’Andalousie intérieure, loin du tumulte des grandes capitales touristiques ou des plages fréquentées, il existe des lieux qui murmurent l’histoire plutôt qu’ils ne la proclament. C’est le cas du Museo de la Ciudad de Antequera, le musée municipal d’Antequera, véritable écrin discret et somptueux que l’on découvre comme un secret bien gardé. Installé dans l’élégant palais de Nájera, bâtiment baroque du XVIIIe siècle, le musée séduit d’emblée par son architecture et par son patio lumineux, ses escaliers nobles, ses plafonds travaillés. Le visiteur est immédiatement plongé dans une atmosphère hors du temps, avec un cadre majestueux qui n’est pas qu’un décor, car il prépare à un véritable voyage à travers les civilisations qui ont façonné Antequera.
Le musée a été conçu comme une traversée chronologique. De la préhistoire à l’époque moderne, chaque salle raconte un chapitre de la mémoire andalouse. Antequera, carrefour stratégique depuis l’Antiquité, se raconte. La ville, qui fut ibérique, romaine, musulmane puis chrétienne, trouve dans ce magnifique musée gratuit le garant des traces du passé, avec une cohérence remarquable.
La ville millénaire se révèle avec ses multiples trésors archéologiques. La collection archéologique est l’une des grandes fiertés du musée. On y découvre des sculptures romaines, des mosaïques, des inscriptions, des céramiques. Chaque pièce témoigne de la richesse culturelle de l’ancienne Antikaria. Le regard s’attarde sur des fragments de statues, des stèles funéraires, des objets du quotidien qui rapprochent soudain ces peuples lointains de notre présent. Les salles consacrées à la période romaine sont particulièrement impressionnantes. On y ressent la prospérité de la ville antique, alors carrefour commercial sous la Bétique, son raffinement et son rôle dans le réseau urbain de la Bétique. Les éclairages soignés mettent en valeur la pierre, le marbre, la texture du temps lui-même.
Mais le musée ne se limite pas à l’archéologie, car au premier étage se loge un espace magnifique dédié aux peintures sacrées, abritant d’incroyables chefs-d’œuvre espagnols. On y découvre une collection picturale qui surprend par sa qualité. Parmi les œuvres religieuses, certaines toiles évoquent la grande tradition mystique espagnole. Les amateurs d’art reconnaîtront l’influence de maîtres comme Francisco de Zurbarán, dont la spiritualité austère et lumineuse semble flotter dans les salles. Plus loin, la présence d’œuvres associées à Francisco de Goya rappelle combien l’art espagnol sait mêler ferveur religieuse, humanité et modernité naissante. Ces peintures créent un contraste émouvant avec les vestiges antiques, car ici, la foi, la lumière et la couleur prennent le relais de la pierre.
Ce qui frappe surtout, c’est l’atmosphère du lieu, dans un musée qui se veut intime et à hauteur d’homme. Le musée d’Antequera n’écrase jamais le visiteur, il l’accompagne. On circule lentement, presque en confidence, dans des salles qui invitent à la contemplation. La muséographie élégante laisse respirer les œuvres. Chaque objet semble avoir trouvé son juste silence, entre lumière et obscurité. Depuis certaines fenêtres, la lumière andalouse filtre doucement et caresse les murs épais du palais. On se souvient alors que l’on est dans une ville blanche, entre oliveraies et montagnes, où le temps conserve encore une douceur ancienne.
Visiter ce musée, c’est comprendre Antequera autrement, cher lecteur. C’est une halte essentielle pour les amoureux de l’Andalousie. Derrière ses églises, ses dolmens et ses places paisibles se cache une histoire dense que le musée révèle avec intelligence et poésie. C’est une étape incontournable pour les francophones curieux de l’âme andalouse, un lieu où l’on ressent à la fois la grandeur du passé et la délicatesse du présent. Le Museo de la Ciudad de Antequera n’est pas un musée spectaculaire, il est mieux que cela. Il est profondément humain, et l’on en ressort, cher lecteur, avec l’impression d’avoir conversé avec des siècles entiers et d’avoir touché, le temps d’une visite, le cœur discret de l’Andalousie.




