La Costa del Sol est la destination où l’on vient chercher une promesse. Celle d’un ciel bleu insolent en plein mois de janvier, d’un café en terrasse pendant que le reste de l’Europe gratte le givre sur son pare-brise, voilà ce que l’on espère trouver. Une promesse de lumière, presque de consolation hivernale, la Costa del Sol est le refuge de l’hiver pour bien des Belges, des Français et autres Canadiens…
Et puis l’hiver 2025-2026 est arrivé. Pluie, vent violent, tempêtes qui se succèdent, accalmies timides et puis de nouveau un retour de la pluie… Cette semaine, c’est la tempête Kristin qui nous complique la vie (avec des conséquences tragiques, hier, mardi 27 janvier, une femme de 31 ans a perdu la vie à Torremolinos des suites d’une chute d’un palmier provoqué par les vents violents). « Mais que se passe-t-il cette année ? », c’est la question sur toutes les lèvres. Les expatriés soupirent et n’ont jamais autant regardé leur application météo et les voyageurs dépriment devant les bulletins météorologiques, avec un air incrédule. Les Espagnols quant à eux haussent les épaules en disant « Bueno… no es tan raro y es el invierno…».
Mais alors, que se passe-t-il vraiment ? On peut s’interroger si la situation est normale ou si elle inquiétante ? Est-ce juste la mémoire collective qui fait défaut quand le soleil se fait discret voire absent pour de longues périodes?
Tout d’abord, il faut être honnête, alors oui, cet hiver surprend. Cet hiver détonne, surtout après de longues années de sécheresse. La dernière décennie a habitué la Costa del Sol et plus largement l’Andalousie à des hivers secs, parfois anormalement doux, souvent avares en pluie. Les barrages sont en tension, les sols sont poussiéreux, les débats sont récurrents sur la sécheresse. Et puis, est venu l’automne 2025 et l’hiver 2025-26. Dans l’imaginaire collectif récent, l’hiver andalou est devenu presque printanier par défaut. Alors quand les choses changent et que les perturbations s’enchaînent après une longue période de sécheresse, quand les rivières reprennent vie et que la pluie tombe plusieurs jours de suite, l’effet est plus que brutal et la surprise est au rendez-vous, non pas parce que c’est inédit, mais parce que nous avions oublié. La mémoire collective est ravivée par ces multiples épisodes.
Les plus anciens le répètent à qui veut le savoir, « dans les années 70 ou 80, c’était souvent comme cela ». Les Espagnols plus âgés le rappellent volontiers, à ces époques, les hivers pluvieux existaient bel et bien. Des semaines entières de mauvais temps, des successions de tempêtes atlantiques, des périodes grises qui faisaient râler, déjà à l’époque, les amateurs de soleil.
La grande différence réside dans plusieurs facteurs… À l’époque, ces épisodes faisaient partie d’une variabilité normale alors qu’aujourd’hui, ils contrastent violemment avec une longue période dominée par la sécheresse. Ce n’est peut-être donc pas tant la pluie qui choque, mais que son retour est extrêmement appuyé. Pourquoi maintenant, me direz-vous cher lecteur ? Sans entrer dans un cours de climatologie, les raisons sont multiples et se croisent. Les spécialistes s’accordent sur une atmosphère plus instable, liée au réchauffement global, plus d’énergie conduit à des phénomènes plus marqués. Les perturbations atlantiques sont plus persistantes et descendent plus au sud. Il y a aussi cet effet « rattrapage hydrique » après plusieurs années très sèches. Les épisodes pluvieux sont plus concentrés, se succèdent et sont surtout plus intenses. Tout ceci n’est pas une contradiction, c’est même une des signatures du climat méditerranéen amplifié par le changement climatique.
Vous allez dire, cher lecteur, faut-il s’alarmer ? La réponse est oui … et non. Non, tout d’abord, car ce n’est pas la fin du climat andalou tel qu’on le connaît. Le soleil reviendra, il revient toujours, après la pluie revient toujours le beau temps. Mais le constat est à la confirmation d’une tendance. Les saisons deviennent plus irrégulières, plus contrastées et surtout moins prévisibles. Le vrai sujet n’est pas le fait qu’il y ait trop de pluie cet hiver, mais bien que les extrêmes, dans un sens comme dans l’autre, sont plus fréquents. Cela est un défi pour tout le monde, pour les agriculteurs, le monde du tourisme, la gestion de l’eau et bien tendu le moral des vacanciers.
Les voyageurs d’hiver arrivent avec leurs lunettes de soleil, leurs photos Pinterest de plages dorées sélectionnées pour vivre un véritable rêve solaire et au lieu de cela, ils se confrontent à une réalité des plus pluvieuses. Ils se retrouvent à regarder la pluie tomber depuis un appartement chauffé dans le meilleur des cas, avec à la clé, la déception. Pourtant, l’Andalousie reste belle même par épisode de mauvais temps. Elle peut devenir une invitation involontaire à la découvrir sous une autre forme, avec des villes sous la pluie pour des découvertes plus intimes (en dehors des périodes d’alertes orange et rouge, bien entendu). On découvre aussi des paysages plus verdoyants, les bars sont pleins et les conversations sont longues, s’éternisant dans les petits cafés pris d’assaut. C’est plus qu’une carte postale, c’est la vraie vie, la version hivernale que l’on est amené à vivre sur la Costa del Sol cette année.
Cet hiver 2025-2026 n’est donc ni une anomalie totale, ni un simple hasard, c’est la meilleure des conclusions que l’on peut tirer. Cet hiver dérange, il est certain, nos habitudes et s’inscrit dans une nouvelle normalité climatique où les repères d’hier ne suffisent plus, mais où la mémoire longue, celle des plus anciens, reste précieuse. Sur la Costa del Sol, le soleil n’a certainement pas disparu. Il prend juste parfois des congés, alors que la pluie, quant à elle, rattrape le temps perdu. Et en Andalousie, même sous la tempête, une chose reste immuable, on parle beaucoup du soleil, des pluies et des conditions météorologiques. On se retrouve autour d’un café, en regardant le ciel et en espérant une accalmie pour découvrir tout ce que l’Andalousie a à nous offrir…


