À l’écart des grandes exploitations agricoles et de leurs excès, Laura et Raphaël ont fait un choix radicalement différent. A l’abri des regards, le jeune couple développe une approche encore peu connue en Andalousie, l’aquaponie. Derrière ce mot un peu technique se cache pourtant une idée très simple et pleine de bon sens. Faire vivre ensemble des poissons et des cultures potagères dans un même équilibre naturel.
Dans le petit village de campagne de Estación de Cártama, tout commence avec l’eau. Une seule et même eau circule en permanence entre les bassins de poissons et les plantes. Elle n’est ni rejetée ni remplacée, tournant en continu dans un circuit fermé, pensé pour imiter le fonctionnement de la nature. Comme l’explique Raphaël, l’eau sert d’abord aux poissons puis aux plantes. Les installations sont volontairement sobres, avec une seule pompe, peu énergivore, permettant à l’eau de passer des bassins à la serre avant de revenir à son point de départ. Ensuite, recommence le cycle et la seule eau ajoutée est celle qui se perd naturellement. En hiver par exemple, cela représente environ cinq litres par jour pour toute la ferme. En été, même lors des fortes chaleurs, la consommation ne dépasse pas les trente litres quotidiens, une quantité très faible comparée à l’agriculture classique.
Dans ce système, les poissons occupent une place centrale. L’élevage repose principalement sur la truite arc-en-ciel, choisie à la fois pour la qualité de sa chair et pour sa capacité à s’adapter à ce type de production. Les bassins, enterrés, permettent de maintenir une température stable de l’eau, idéale pour leur croissance. Raphaël explique que c’est en dessous de dix-huit degrés que la truite se développe le mieux. En été, des systèmes de refroidissement alimentés par l’énergie solaire viennent préserver ce confort. Un autre élément essentiel est l’oxygénation car les truites ont besoin d’une eau très bien oxygénée. Des pompes à air fonctionnent en continu et un système de secours prend automatiquement le relais en cas de problème. Cette vigilance est indispensable car, en été, l’absence d’oxygène peut entraîner la mort des poissons en moins d’une demi-heure.
Au cœur de ce beau projet, on retrouve bien-être animal. Contrairement aux idées reçues, la truite arc-en-ciel est un poisson qui vit en groupe. Lorsqu’elle est maintenue dans des bassins adaptés, avec une densité bien maîtrisée, le stress et l’agressivité diminuent fortement. Des études ont même montré que certains signes biologiques de stress sont réduits dans ces conditions. Quant aux déchets produits par les poissons, ils deviennent une véritable richesse. Là où ils posent problème dans les élevages classiques, ils sont ici valorisés. Transformés naturellement par des bactéries, ils deviennent des nutriments qui servent d’engrais aux plantes. Les cultures jouent ainsi un double rôle. Elles se nourrissent grâce aux poissons et contribuent à purifier l’eau avant qu’elle ne retourne dans les bassins. Dans la serre, on retrouve des salades et des herbes aromatiques qui poussent directement sur l’eau, avec leurs racines plongées dans ce milieu riche. D’autres plantes, comme les tomates ou le céleri, sont installées dans des bacs remplis de billes d’argile. Ces supports favorisent l’équilibre biologique tout en permettant à l’eau de circuler lentement avant de repartir vers les bassins où évoluent les poissons. Le duo teste également des solutions intermédiaires afin d’élargir la gamme des cultures car dans certains cas, l’eau issue des bassins est utilisée avec de légers ajustements pour répondre aux besoins de plantes plus exigeantes, tout en respectant le principe du circuit fermé, en maintenant un équilibre sain. Bien entendu, on est dans un environnement entièrement bio car dans ce système, l’usage de pesticides est tout simplement impossible (en appliquer sur une plante, c’est contaminer l’eau).
Aujourd’hui, ce travail patient se concrétise par la vente de truites fumées et de rillettes produites artisanalement et en petites quantités. Le duo est parvenu à proposer la manière idéale de valoriser l’ensemble du projet et de montrer qu’une agriculture respectueuse du vivant peut aussi être économiquement viable. À travers leur ferme aquaponique, Laura et Raphaël défendent une vision sobre et cohérente de l’agriculture avec une approche pensée pour le climat andalou, attentive aux ressources, et fondée sur l’équilibre plutôt que sur la recherche du rendement à tout prix.
Raphaël et Laura souhaitent également partager leur démarche avec le public. Ils organisent des visites de la ferme, permettant de découvrir concrètement le fonctionnement du système aquaponique, d’échanger autour de leurs choix techniques et de leur vision de l’agriculture durable. Ces visites se terminent par une dégustation de leurs produits, l’occasion de mettre des saveurs sur les explications et de comprendre le lien direct entre méthode de production et qualité gustative. N’hésitez pas à les contacter pour obtenir plus d’informations et connaître les prochaines dates de visite.