Il est tôt ce matin à María Zambrano, la grande gare de Malaga qui, d’ordinaire, voit passer des voyageurs pressés et se multiplier des baisers de départ et de retrouvailles. Ce début de semaine, pourtant, du lundi 9 au mercredi 11 février 2026, tout est différent. La gare, cœur de la mobilité andalouse, bat au rythme d’un vide inhabituel, les trains ne partent pas et les quais sont déserts. En effet, un mouvement social d’ampleur secoue le rail espagnol avec les syndicats des cheminots (CCOO, UGT, SEMAF, CGT, SCF, SF, Alferro) ayant appelé à une grève nationale de 72 heures pour réclamer des transformations profondes dans le système ferroviaire espagnol et ce, au plus vite. Leur cri est unanime, il faut plus de sécurité, un renforcement de la maintenance et multiplier les vagues de recrutements. Les acteurs du terrain espère aussi la fin de l’externalisation des services indispensables, en lien direct avec les accidents tragiques qui ont frappé le rail espagnol ces dernières semaines.
Au-delà des chiffres et des horaires perturbés, il y a avant tout une histoire humaine accompagnée d’une douleur profonde qui a questionné beaucoup d’usagers avec la collision de deux trains à grande vitesse à Adamuz le 18 janvier dernier. Elle a laissé une marque indélébile avec plusieurs dizaines de morts, des centaines de blessés et aussi une nation sidérée.
Sur la Costa del Sol, ce contexte pèse directement. Au-delà des lignes à grande vitesse, dont celle qui relie Malaga à Madrid toujours suspendue pour cause de réparations et d’enquêtes, c’est le quotidien local qui vacille. Le Cercanías C-1, ce train de banlieue vital qui relie Malaga à Fuengirola, est réduit à la portion congrue avec des services limités par les obligations de services minimum. Pour les habitants, c’est un choc, plus d’embarquement pour rejoindre l’université, le travail ou rejoindre un ami. Il faut repenser sa journée avec le bus, la voiture ou encore le covoiturage avec leur lot d’imprévus et de dépenses. Certains racontent déjà ces matinées où il faut partir une heure plus tôt, où l’on revoit ses habitudes et où l’on apprend à composer.
Et puis il y a ces voix, depuis les quais ou les cafés de quartier, qui répètent la même exaspération. Ce mouvement social vient d’un système ferroviaire qui a trop longtemps été négligé, où les alertes répétées des travailleurs sur la vétusté des installations et le manque de personnel n’ont pas été entendues à temps. À l’heure où Esprit Sud Magazine rencontre les regards des voyageurs confinés en gare, c’est aussi une autre Espagne qui se dessine, celle du dialogue social tendu, des questions de sécurité urbaine et d’infrastructures, mais aussi de l’attachement viscéral d’une société à ses trains, véritables rubans d’acier qui, bien plus que des moyens de transport, relient des vies, des histoires et des trajectoires. Trois jours sans train sur la Costa ne suffiront peut-être pas à résoudre les dissonances du rail, mais ils ont déjà imprimé une réalité partagée, celle d’un territoire qui se réinvente, lente, humaine, dans l’attente d’un prochain départ.