Sous le détroit de Gibraltar, le rêve d’ingénieurs entre les deux continents remis sur la table !

Rédigé le 20/01/2026
Frederic André


Relier l’Europe à l’Afrique par un tunnel passe d’utopie à projet réalisable. Longtemps perçu comme une idée folle, le tunnel sous le détroit de Gibraltar s’inscrit aujourd’hui dans un horizon tangible. Selon une étude de faisabilité récente menée par l’entreprise allemande Herrenknecht, référence mondiale en matière de tunneliers, ce projet titanesque est désormais techniquement réalisable avec les moyens actuels. Esprit Sud vous en dit plus…

Sous les eaux profondes et mouvementées du détroit, là où l’Atlantique rencontre la Méditerranée, l’ouvrage s’annoncerait comme l’un des plus ambitieux projets d’ingénierie jamais conçus. Un tunnel ferroviaire de 65 kilomètres, creusé jusqu’à 475 mètres de profondeur, permettant de relier l’Andalousie au nord du Maroc en une trentaine de minutes seulement, voilà une réalisation qui fait rêver. 


Côté espagnol, le tunnel démarrerait à Punta Paloma, dans la zone de Tarifa, à l’extrême sud de l’Andalousie. Ce site emblématique, battu par les vents et ouvert sur l’immensité du détroit, a été choisi pour ses conditions géographiques et géologiques favorables. C’est depuis ce promontoire naturel, entre dunes sauvages et horizon africain, que les tunneliers s’enfonceraient sous la mer pour entamer leur lente progression vers l’autre rive, de l’autre côté du détroit. 

Ce terminal espagnol serait relié à la Red Ferroviaria de Interés General, via la ligne Cádiz–Sevilla, complétée par une jonction vers Algeciras, assurant une intégration fluide au réseau ferroviaire national et européen.



Cette construction apparait comme un défi géologique hors norme. Le tracé le plus délicat se situe sous le seuil de Camarinal, une zone réputée pour ses formations géologiques complexes et sa sismicité. Les ingénieurs devront compter sur une pression marine extrême et des profondeurs impressionnantes et faire face à de nombreuses contraintes. Pourtant, les spécialistes sont formels, les avancées technologiques de la dernière décennie rendent aujourd’hui ce chantier possible, là où les études passées hésitaient encore. Le projet prévoit deux tubes ferroviaires à voie unique, dédiés au transport de passagers et de marchandises, accompagnés d’une galerie de service et de sécurité. Estimé à plus de 8,5 milliards d’euros pour la seule partie espagnole, le tunnel représente un investissement stratégique majeur. Il pourrait bénéficier de fonds européens, complétés par des revenus issus des péages ferroviaires, de la logistique, ou encore de la fibre optique et de l’interconnexion électrique, le tout avec une vision à long terme et surtout avec un impact majeur. 


Piloté par la Société espagnole d’études pour la communication fixe à travers le détroit de Gibraltar (Secegsa), en collaboration avec son homologue marocain, le projet a officiellement été relancé fin 2023 après des décennies de réflexion. La présentation complète de l’avant-projet est attendue pour août de cette année, avec une première version globale présentée depuis 2007. Si les accords se concluent et que les délais de réalisation sont respectés, les grandes étapes de réalisation pourraient se concrétiser entre 2035 et 2040. Une échéance lointaine, mais porteuse d’une promesse forte, celle de connecter Madrid à Rabat, de permettre l’unification des réseaux ferroviaires européens et africains, et surtout de transformer durablement les échanges humains, économiques et culturels entre les deux rives. Pour de nombreux experts, il ne s’agit pas seulement d’un tunnel, mais d’un ouvrage symbolique, capable de redessiner la carte de la mobilité euro-africaine. La réalisation de ce projet dantesque deviendrait le trait d’union souterrain entre deux continents que tout rapproche.