Rencontre avec Maria Luisa de Contes

Quel immense plaisir et quel honneur d’échanger avec Maria Luisa de Contes. Celle qui fut Directrice Générale de la Responsabilité Sociale de l’Entreprise et de la diversité et inclusion au sein du groupe Renault en Espagne, mais qui est aussi Présidente de l’association d’amitié hispano-française Mujeres Avenir, a été ordonnée Chevalier de l’Ordre National et de la Légion d’honneur. Cette activiste passionnée et passionnante, connue pour son engagement depuis de nombreuses années pour une meilleure visibilité et représentation des femmes dans la société et dans le monde de l’entreprise, a répondu sans fard à nos questions. Souvent citée comme l’une des 20 femmes les plus influentes d’Espagne, elle se révèle attachante, souvent drôle mais toujours déterminée.

Nous vous proposons la rencontre exclusive avec cette dame au cœur immense et à l’énergie débordante en ce deuxième jour de notre semaine Esprit Sud consacrée aux Droits de la Femme.

Mujeres Avenir en 8 points: 

  1. Association féministe de lutte pour une égalité réelle entre les femmes et les hommes mais aussi outil de consolidation de sa visibilité tant dans la société espagnole que française, voire de manière internationale.
  2. Un terrain d’action large avec le domaine de l’économie, de l’entreprenariat, de la culture, de l’art, du monde universitaire, scientifique ou politique…
  3. La Charte des Nations Unies comme son fil rouge
  4. Les membres, se comptant par centaines, sont des femmes françaises ou espagnoles de tous horizons, même si on compte également de grandes entreprises et quelques hommes aussi (ils ont aussi droit à la parole !). Des fonctionnaires de consulats ou d’ambassades, des professeurs d’université complètent Mujeres Avenir.
  5. Le groupe prône la parité et l’égalité professionnelle et est à la base du « label égalité professionnelle », marque d’excellence décernée par le gouvernement espagnol. 
  6. L’Association d’amitié hispano-française, qui entretient d’excellents rapports avec toutes les administrations publiques, qu’elles soient françaises ou espagnoles, encourage vivement les projets et aide à la mise en œuvre des activités liées aux politiques d’égalité au sein des entreprises de la société civile.
  7. «Mujeres Avenir» tient à sa neutralité et ne reçoit aucune subvention ni de l’administration espagnole ni de l’administration française.
  8. Ses actions sont illimitées et se traduisent par des journées de débats, des rencontres et visites, des collaborations multiples, des conférences axées sur le dialogue social, 

L’un des effets pervers de la crise sanitaire est la recrudescence des violences familiales. L’Espagne est un bon élève dans le cadre de la gestion des violences sexistes. On se souvient notamment de la réforme du CP en fin des années nonante en réaction avec le triste fait divers de Ana Orantes. Des mesures de protection mises en place plus rapidement, l’usage du bracelet électronique, une formation plus complète des acteurs intervenants et le fameux pacte national de 2017. Comment, selon vous, peut-on aller plus loin afin de viser une protection encore plus forte de la femme ? 


Il existe heureusement en Espagne de remarquables dispositions légales qui permettent de lutter contre la violence de genre (violencia de género), aussi bien en termes d'assistance préventive de l'administration publique (municipalités, régions autonomes et gouvernement central) aux femmes qui la subissent, qu'en termes de réponse juridique punitive donnée par les cours et les tribunaux aux actes commis par les agresseurs. Néanmoins, il existe encore trop de cas de violence violencia de género  et à mon avis, cela peut être dû au fait que les femmes maltraitées elles-mêmes ne portent pas plainte, et surtout, ce qui est plus grave encore, au fait que leur entourage proche (membres de la famille et voisins) qui peuvent être au fait de cette violence ne la signalent pas parce qu'ils considèrent qu’elle relève de l’ordre privé.
 Un autre élément important est la disponibilité de moyens matériels et financiers suffisants pour protéger les femmes victimes de violence et leurs enfants, avec des foyers d’accueil, la recherche d'un emploi, etc.
 Enfin, un nouveau type de violence sexiste est apparu qui touche surtout les jeunes femmes, les transformant en ce que l'on appelle des cyber-victimes de violencia de género. Pour mieux les protéger, il est nécessaire que cette question soit développée dans le cadre de l'avis pour le renouvellement du «Pacte d'État contre la violence sexiste» qui a été approuvé par tous les groupes parlementaires, sauf Vox, le 25 novembre. C'est précisément sur cette question que Mujeres Avenir a organisé une rencontre, au cours de laquelle des femmes capitaines et commandantes de la Guardia Civil et de la Gendarmerie Française se sont entretenues longuement. L'enregistrement de ce débat se trouve sur notre site web et vous pouvez le regarder si vous le souhaitez.

 Vous êtes une guerrière et fervente défenseuse de la parité homme-femme en entreprise, j’ai même plutôt envie de dire femme-homme dans les entreprises. Certaines féministes parlent d’ailleurs du milieu du travail comme d’un véritable enfer pour les femmes, un monde régi par les mêmes mécanismes sexistes que l’on retrouve dans l’ensemble de la société. Deux projets de lois en France devraient se muer en législation et pourraient faire écho en politique internationale. Vous pouvez nous en dire un mot ?


En ce qui concerne votre question, je souhaiterais tout d’abord préciser que je ne me considère pas comme une femme-homme mais comme une femme libre ayant le droit de choisir le mode de vie le plus intéressant qui me permette de développer mes capacités et de réaliser des projets pour changer notre société. Le féminisme ne prétend pas que les femmes deviennent des hommes. Nous, les féministes, défendons que les femmes et les hommes doivent avoir les mêmes droits et les mêmes possibilités de les exercer, que ce soit au sein de l’entreprise, où je sais, du fait de mes 40 ans d'expérience, que ce droit à l'égalité des chances n'est pas respecté de manière impartiale mais que le simple fait d’être une femme, vous pénalise fatalement dans la société civile, universitaire, politique, de l'art, où que ce soit dans le monde.
 Je souhaite ajouter qu’il existe effectivement une certaine différence entre la France et l'Espagne en matière d'égalité au sein des entreprises. Ici les dispositions juridiques recommandent aux entreprises d'augmenter le nombre de femmes présentes dans les conseils d'administration, alors que la France a mis en place des règles très ciblées et efficaces assorties de sanctions au cours des 10 dernières années. Ces règles obligent les entreprises françaises à intégrer 40 % de femmes dans les conseils d'administration, comme la loi dite «Marie-Jo Zimmermann» du 27 janvier 2011 et une nouvelle loi qui vient d'être votée le 24 décembre 2021 et publiée le 26 décembre, sur l'instauration de quotas de 30 % dans les comités de direction des entreprises, la loi «Marie-Pierre Rixain», qui sera applicable à partir de 2027. Les statistiques montrent que cette obligation imposée par la loi, assortie de sanctions en cas de non-respect, a permis d'améliorer et d'enrichir toutes les entreprises françaises qui comptaient peu de femmes au sein de leur direction. Je pense donc que l'Espagne devrait suivre l’exemple du gouvernement français, qui a fait de la France le premier pays de l'Union européenne en matière de quasi-parité dans les organes de direction de ses entreprises.
 De plus, une bonne gouvernance des entreprises nécessite une collaboration entre les conseils d'administration et les équipes de direction ce que n`existe pas aujourd´hui. En ce sens, cette récente loi française à laquelle j'ai fait référence va permettre de développer, après un vide juridique, une relation constructive entre ces organes et c’est d'ailleurs ce que préconise un rapport de décembre dernier de Price Waterhouse.

 

En dehors du secteur entrepreneurial, quels sont les autres combats qui, en 2022, vous tiennent particulièrement à cœur, Mme de Contes ?


Naturellement, la création d'un groupe d'influence, composé de femmes françaises et espagnoles, cadres supérieurs et dirigeantes d'entreprises publiques et privées, qui promeut l'égalité effective au sein des entreprises. Sans oublier d'autres projets importants, comme l'organisation de notre Conférence internationale «Femme et Diplomatie» à Madrid. L'agenda féministe a des objectifs spécifiques qui sont différents dans chaque partie du monde. Nos Conférences nous ont ainsi permis de mettre en évidence la vérité profonde contenue dans l'affirmation selon laquelle, pour une femme, naître dans une partie du monde ou dans une autre, est une chance ou un malheur, et rien que pour cela ces Conférences internationales sont précieuses.
 De manière générale, nous souhaitons faire avancer la parité au sein de tous les organismes publics et privés, car c'est un fait objectif indiscutable d’un point de vue statistique qu’il existe plus de femmes que d'hommes avec une éducation universitaire.
 

J’ai pointé aussi l’habile parcours de l’Association « Mujeres Avenir » s’invitant à Madrid, dans les différentes représentations diplomatiques avec cette volonté d’internalisation de vos actions aux travers de ces émissaires, de ces ambassadrices… C’est intelligent comme levier d’action, vous pouvez nous en dire un mot Mme de Contes ?


Votre question est directement liée à ma réponse précédente, car nos liens avec le monde des femmes diplomates espagnoles et françaises et avec les ambassadrices des pays étrangers accréditées en Espagne ne sont pas une tactique ou une prétention occasionnelle, ils font partie de nos objectifs stratégiques. En ce sens, je dois souligner que le féminisme est un mouvement mondial, à caractère universel, et bien que chaque pays, que ce soit l’Espagne, la France ou d'autres pays, ait son agenda, ce qui est naturel, la solidarité des femmes sur le plan international est absolument nécessaire.
 Par conséquent, outre notre agenda franco-espagnol, il existe un autre agenda concernant les pays qui se trouvent dans la sphère géopolitique de la francophonie et de l'ibérophonie, tout en reconnaissant que les autres pays présentent un grand intérêt.
 

Le discours féministe n’a jamais été aussi vivant et je serais tenté de dire vivant et pluriel… jaillissant de partout… Quelle est votre vision du mouvement #MeToo ?


En réponse à votre question je citerai, pour sa force et sa précision, la réponse donnée à ce sujet par la philosophe et professeure de philosophie morale Amelia Valcárcel: «En ce sens, avec le mouvement MeToo, on peut dire que la honte a changé de bord, les femmes n'ont plus à vivre leurs vies couvertes de honte à cause de ce que font certains hommes. Que ceux qui nous font sentir honteuses aient honte! C'est pourquoi j'approuve et j’encourage la dénonciation publique des comportements sexuellement abusifs de la part d’hommes plus ou moins puissants à l'égard des femmes. Nous devons éviter une situation d'impunité pour tout agresseur, quel que soit son statut social, financier et politique.»
 

En lien avec ces ambassadrices, on sait bien entendu que l’objectif majeur est la lutte contre les inégalités au sein de notre société mais aussi l’amélioration de celle-ci vers une équité et parité mais aussi il y a aussi cette belle transmission de la culture de différents pays et la volonté au travers de ces femmes de tous les horizons de la faire briller. « Mujeres Avenir », puissant vecteur culturel aussi …

Nous finalisons la troisième vague du féminisme, et nous savons que dans les pays réellement démocratiques, les femmes ont déjà accédé aux espaces publics, aussi bien de la connaissance que de l'éducation, elles ont la liberté d'expression et elles sont assurées de la reconnaissance publique. Cependant, il existe encore de nombreux pays où ces espaces publics démocratiques ne sont pas respectés et, par conséquent, notre travail international, au sein du monde de la diplomatie, est une tâche nécessaire et surtout utile, car il permet un important échange culturel par le biais des 26 ambassadrices de pays étrangers accréditées en Espagne actuellement.

 De plus, une association comme la nôtre, qui promeut l'amitié franco-espagnole, avec l'utilisation des deux langues, le français et l’espagnol, dans tous ses débats, peut exercer une influence sur le vaste et divers monde de la francophonie et de l'ibérophonie, de sorte que notre travail international est devenu une obligation morale.

Quels sont les prochains moments forts et activités publiques prévues pour l’association Mujeres Avenir en 2022 ? Quels sont les moments forts à venir ?

Nos projets pour la période 2022-2023 sont tous ceux qui serviront à atteindre l’égalité effective entre les hommes et les femmes ; et notamment pour l’Espagne, nous allons lancer une campagne pour demander ici que soient adoptées (voire copiées !) les mêmes réglementations qui ont rencontré cet énorme succès en France, en vue d’encourager la promotion des femmes aux fonctions dirigeantes des entreprises. En effet, ce projet et ce succès n’ont pas profité uniquement aux femmes, car ils ont apporté des bénéfices à toutes les entreprises qui ont appliqué ces politiques.

 Nous allons encourager l’attribution des 140 milliards d’euros des fonds Next Generation à des projets inclusifs sur le territoire national et contre la discrimination des femmes ; des projets garantissant l’utilisation rationnelle des ressources, ainsi que l’adaptation au changement climatique et la mise en œuvre d’un modèle de développement durable générateur d’emplois décents qui contribue à la réduction des inégalités, et qui nous permettra de devenir le premier continent neutre pour le climat en 2050. Et, plus généralement, nous organiserons tous types d’événements liés à l’actualité sociale, politique et économique nécessitant une attention particulière.

 Par ailleurs, vous devez tenir compte du fait que Mujeres Avenir réalise son activité dans une perspective mondiale. Autrement dit, notre agenda n’est pas uniquement binational (pour la France et l’Espagne), nos actions étant conçues dans une perspective internationale pour défendre les droits fondamentaux, y compris la défense de l’égalité entre les sexes en et hors entreprise, ou la lutte contre la violence en raison du sexe, etc., etc. … Nous disposons donc d’un agenda mondial.

 En ce sens, au sein de Mujeres Avenir il existe plusieurs organes travaillant en permanence pour proposer des projets qui visent à encourager l’égalité de ce point de vue mondial dont je viens de parler, notamment notre Comité directeur, composé de 40 femmes expertes, notre Comité Jeune, enthousiaste et créateur de projets innovants et passionnants, ou encore notre Comité consultatif, composé de personnalités du monde de l’entreprise et de la culture. Tous ces organes, chacun à leur niveau, ont pour mission essentielle d’examiner en profondeur les idées et les projets concrets qui nous permettront d’atteindre cette égalité et cette parité tant souhaitées.

 Nous avons prévu une rencontre qui présente un grand intérêt, il s’agit de la 5ème Conférence internationale « Femme et Diplomatie » à Madrid, qui se tiendra le 3 mars et à laquelle je vous invite et j'invite également tous ceux qui liront cette interview, car elle sera diffusée en streaming sur notre site web www.mujeresavenir.com.

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