Rencontre avec Joel Soler, des Rois de la terreur aux Rois Mages

Lorsque l’on savoure une part de galette à l’Epiphanie, on évoque bien souvent Balthazar, Gaspard et Melchior, les populaires Rois Mages. Tout le monde connaît le trio. Mais que connaissons-nous de ces mystérieux bienfaiteurs? Entre légendes et religions, entre chroniques d’historiens et extraits du Nouveau Testament, l’origine de ces personnages est à rechercher dans la nuit des temps. Passionné par l’histoire, Joël Soler, documentariste originaire d’Alès (France) s’est lancé dans un projet exceptionnel. Il fonde la Fondation « Magos » et prépare une exposition exceptionnelle sur les mages. 

Pour cette exposition, Joël Soler est sur tous les fronts. Il réalise une série de documentaires et crée une scénographie unique. Il rassemble aussi une collection exceptionnelle d’objets ayant contribué à magnifier leur légende et crée des projections audio-visuelles permettant une immersion via réalité virtuelle. Il nous promet un voyage dans l’histoire où les 5 sens seront sollicités. Les rêves se teintent de féérie et se mêlent aux faits historiques, aux frontières du réel et de la fantaisie. 

Le fil rouge, notre passionné l’a trouvé dans les fonctions symboliques et les valeurs que les Rois Mages transmettent depuis des siècles. Véritable source d’inspiration, ils sont aussi le symbole d’une union possible entre les peuples et les religions. Un message d’entente au-delà des différences, un combat de ces souverainetés qui résonnent encore aujourd’hui. 

Les Rois Mages, un magnifique symbole de rapprochement entre les peuples, entre l’Occident et l’Orient. 

Ce projet sur le thème des Rois de l’Orient, prendra vie fin de l’année 2022. Une collection de plus de 1500 pièces, une animation et des images de synthèse, une expérience immersive en réalité virtuelle, une multitude de décors originaux, une immersion où les 5 sens seront titillés, des documentaires filmés aux quatre coins du monde, cette exposition sur les Rois Mages promet d’être une expérience unique. 

Joël Soler nous emmène maintenant en voyage dans le temps et nous plonge dans cette Andalousie lointaine, terre d’accueil et de transit de ces personnages. Leurs histoires ne cessent de captiver et depuis deux millénaires, nous célébrons leur venue et le message de tolérance qu’ils prônent. 

Le périple de Balthazar et de Gaspard en Andalousie. 

La venue des Mages en Andalousie a bel et bien été décryptée par les plus grandes autorités religieuses au travers des siècles. Dès l’Antiquité, Tertullien de Carthage, fondateur de la théologie occidentale, fait le lien entre Tharsis et les Rois Mages. « Les mages venaient par les bateaux de Tharsis » renchérit au Vème siècle, l’écrivain ecclésiastique Arnobe Le Jeune. Pour Saint Bède Le Vénérable, docteur de l’Église au VIIème siècle, « Les trois Rois Mages viennent des trois parties importantes du monde, l’Afrique, l’Asie et l’Europe ». Denis Le Chartreux, auteur prolifique du XVème siècle, affirme que « les Mages viennent de Tharsis ». Deux siècles plus tard, le Cardinal Caramuel y Lobkowitz sera même plus précis « Tharsis est en Espagne et les Mages ont vu l’étoile en occident. Ils sont venus à Cadiz, un célèbre port espagnol » 
Récemment, en 2012, le Pape Benoit XVI sera sans équivoque « les mages sont venus jusqu’à l’extrême occident, Tharsis ou Tarsessos en Espagne ». 

Une silhouette de mage gravée dans la roche. 

La toute première représentation connue d’un mage se trouve en Andalousie, dans le Barranco de la Tinaja à Otíñar, province de Jaén. L’archéologue Georgeos DIAZ-MONTEXANO en a fait la découverte dans une grotte préhistorique inondée par les eaux. Cette trace est la preuve de l’existence des mages, dans cette région, depuis des milliers d’années. Sur la pierre, trois lettres sont gravées en caractères puniques ou carthaginois à gauche d’un être figuré. Elles représentent le mot mgš ou mgsh (magosh) qui signifie “mage”. Cette inscription nous rappelle combien le rapprochement entre l’Orient et l’Occident est ancré dans l’histoire des peuples d’Europe. Il fait partie de la construction des cultures européennes notamment grâce à l’influence des Phéniciens et des Carthaginois depuis le Xème siècle avant J.-C. Quant à la silhouette de mage gravée sur cette paroi préhistorique, elle peut être interprétée de diverses manières. Certains y discernent une chouette, symbole de la sagesse grecque. D’autres y voient la forme humaine d’un sage face à la voûte céleste. Le logo de la Fondation MAGOS s’inspire de cette représentation. On retrouve également dans plusieurs manuscrits de l’époque d’Al Andalus, des passages confirmant la présence des mages en Andalousie depuis la préhistoire. 

Lors de la nativité, apparurent trois soleils dans le ciel andalou... 

C’est Saint Thomas d’Aquin (XIIIème) qui relate le premier, au XIIIème siècle, une parhélie lors du voyages des Rois Mages en Andalousie. Ce phénomène optique atmosphérique est une sorte de halo solaire donnant l’impression que trois soleils brillent. « Il est vraisemblable qu’en Espagne apparurent au moment de la naissance du Christ trois soleils ». A la même époque, l’Évêque de Tuy écrit « on vit en Espagne une lumière rayonnante, au moment de la naissance du Christ ». 

Les mines du Roi Salomon 

L’ancien testament fait référence à cette ville andalouse de Tharsis à 23 reprises. Tharsis est identifié à l’ancien royaume Tartessos, dans le sud de l’Andalousie. « Hercule lui-même localisait Tartessos sur la péninsule Ibérique » nous relate Flavius Arrianus au IIème siècle. De nombreuses cartes anciennes de géographie localisent Tharsis à Cadiz. Et pour Claudius Claudianus « le Roi Salomon envoyait sa flotte jusqu‘à Cadiz, le Tartessos occidental », relate-t-il au IVème siècle. La région devait alors sa grande richesse à ses précieux minerais. D’ailleurs, des preuves archéologiques de l’existence de mines datant de l’époque du Roi Salomon sont aujourd’hui toujours visibles notamment au Cerro Colorado (Huelva). Elles sont surnommées « Cerro Salomon ». 

Enfin, un périple de Tharsis à Malaka pour rejoindre Tyr. 

Le voyage des mages a alors débuté à Cadiz pour rejoindre Malaga. L’objectif était de rejoindre la ville de Tyr au Liban. Au temps de la nativité, une route maritime partait de Cadiz, passait par le détroit de Gibraltar et prenait la direction de Malaga. Elle continuait ensuite jusqu’à Carthagène pour aller approvisionner Rome. Une autre partait de Cadiz à Malaga pour rejoindre Tyr, le principal port d’entrée de la Syrie Romaine. « Les mages s’embarquèrent sur les vaisseaux de Cadis, passèrent le détroit & ayant pour guide cette étoile merveilleuse, ils arrivèrent à Tyr où s’étant débarqués, ils firent le reste de leur chemin sur des dromadaires, comme il est marqué dans les écritures ». La route maritime empruntée par les Mages de Malaga à Tyr, était largement utilisée depuis l’Antiquité. La ville de Malaka, a été d’ailleurs nommée ainsi par les marchands de Tyr, cité d’origine des navigateurs qui fondèrent Malaga au VIIIe siècle av. J.-C.. Pour atteindre Jérusalem en Judée, Gaspard et Balthazar sont arrivés à Tyr, porte d’entrée de la Syrie Romaine où ils vont rencontrer alors Melchior (le Mage). 

Direction Cadix (Tharsis) pour Balthazar et Gaspard... 

Avec l’apparition de l’étoile, Gaspard des Indes et Balthazar d’Éthiopie ont tout simplement utilisé les routes commerciales existantes pour se rendre en Judée. Les bateaux du port de Cranganore en Inde, avaient des liaisons maritimes régulières avec le port du Royaume d’Axoum (Éthiopie) où régnait le roi Bazen alias le Mage Balthazar. C’est par le port d’Axoum que les Romains faisaient venir par voie maritime depuis l’Inde, la soie, les épices et les pierres précieuses. Quant à l’Éthiopie, elle avait des liaisons maritimes directes avec Cadix (également nommé Gades). Pour Gaspard et Balthazar, dignitaires de royaumes étrangers, il était impensable de pénétrer dans l’Empire Romain sans en avertir les plus hautes autorités. Aller à Cadix (anciennement Tharsis) avait pour les Mages un double avantage. Ils espéraient obtenir du Roi Juba II, grand connaisseur des pays des Mages, un laisser-passer pour pénétrer en Judée, province de l’Empire Romain. Mais, ils espéraient également réaliser les prophéties de l’ancien testament en utilisant les bateaux de Cadiz (anciennement Tharsis). « Les bateaux de Tharsis ont pris la tête pour ramener de loin tes fils, avec leur argent et leur or, à cause du nom de Yahvé ton Dieu, du saint d’Israël qui t’a glorifié » (Isaïe 60 – 6.9.). 

POURQUOI LE MAGE MELCHIOR DE PERSE N’EST PAS PASSÉ PAR L’ANDALOUSIE ? 

Au temps de la nativité, le royaume Parthe englobait la Perse et s’étendait jusqu’au bord de l’Euphrate (actuel Iraq) jusqu’aux frontières de la Syrie Romaine. Melchior de Perse a emprunté la route existante de la soie, traversant le royaume Parthe dont il faisait partie, pour se rendre au Royaume voisin qu’était la Syrie Romaine. 
Comme l’indique Jacques d’Édesse (VIIème) le mage de Perse laisse une grande partie de son escorte au bord de l’Euphrate pour ne pas alarmer les Romains avec qui les relations étaient tendues. 
« Dans ce temps là, les romains envoyèrent Lucius Romanus en Syrie en le chargeant d’informer Rome par écrit de tous les évènements intéressant qui s’y passeraient. c’est alors qu’il écrivit à l’époque de la naissance notre seigneur et de l’arrivée des mages, en disant « que ta Majesté sache que quelques illustres persans, conduit par la gloire céleste, sont entrés dans ton empire et sont venus adorer un enfant né dans la Judée. au surplus, je m’informerai quel est cet enfant et qui il est le fils » on lui répondit « Hérode, investi par nous du gouvernement de Judée, nous en informera » Michel le syrien (XIIème), Patriarche de l’Église syriaque orthodoxe. 
C’est en Syrie Romaine que la rencontre des trois mages et leurs escortes a donc eu lieu. 

L’OR OFFERT PAR UN DES MAGES A L’ENFANT JÉSUS PROVIENDRAIT DE GRENADE. 

Cette légende pourrait paraitre fantaisiste ! Pourtant l’extraction industrielle par les Romains de l’or à Grenade a bel et bien commencé au IIème siècle av JC. Les empreintes de cette activité sont d’ailleurs toujours visibles à la Valle del Genil ou à Cenes de la Vega. La dernière grande mine d’or, situé à la Hoyo de la Campana, était toujours active jusqu’en 1893, date de la mort de son propriétaire, le Français Adolphe Goupil, capitaine d’entreprise, et l’un des plus importants marchands d’art connu pour ses liens avec la famille Van Gogh. Il n’est donc pas historiquement improbable que les pépites d’or extraites de Grenade n’aient été emportées par un des mages lors de son passage en Andalousie, périple dont ont fait état plusieurs Papes et grands théologiens. 

L’AME DES MAGES PLANERAIT-IL SUR GRENADE, JUSQU’A PROVOQUER LA CHUTE DU DERNIER ROYAUME MUSULMAN EN EUROPE OCCIDENTALE A QUELQUES JOURS DE LA FETE DE L’ÉPIPHANIE ?

La prise de l’Alhambra par les Rois Catholiques, début janvier 1492, fut interprétée par les chroniqueurs au service du vainqueur, comme la manifestation d’un miracle dû aux mages. Un ouvrage de 880 pages nommé « La somme théologique de Elenchus » (1654) écrite par le jésuite allemand Hermann Krombach et préfacé par le Dominicain Elenchus, relate les miracles attribuées aux mages aux cours des âges, la chute de Grenade en fait partie. Quelques mois après la prise de possession de l’Alhambra par les rois catholiques, c’est à Grenade que Doña Isabelle et Don Fernando signent les lettres patentes qui accordent à Christophe Colomb, hanté par l’idée de chercher en Inde les traces des mages, « de découvrir et de soumettre des iles et un continent ». L’intérêt que portait l’Amiral aux mages se dégage des notes marginales qu’il inscrivit dans ses cahiers. Selon son fidèle lieutenant Michel de Cuneo, il aurait déclaré lors de son deuxième voyage « Messieurs, je souhaite nous amener à l’endroit d’où partit l’un des trois rois mages qui vinrent adorer le christ, lieu dont le nom est Sheba». La statue d’Isabelle la Catholique et Christophe Colomb trône toujours à Grenade, non loin de la Chapelle Royale où se trouve le tombeau d’Isabelle et Ferdinand, Roi et Reine de Castille et de Grenade. L’artiste peintre Jean de Flandre rajoutera au souverain catholique, le titre de « Roi mage » en le représentant pour la postérité à genoux devant la vierge et l’enfant venant apporter des offrandes ! Ferdinand II est le seul souverain de Grenade à avoir été représenté en Roi mage. 

L’âme des mages ou de leurs lointains ancêtres n’a jamais cessé de quitter la cité de l’ancienne dynastie Nasride dont les racines nous renvoient aux Banu Khazraj, tribus arabes yéménites qui fut un temps gouvernées par celle qui est nommée dans l’ancien testament comme la Reine du midi, dans la Torah comme la Reine de Saba ou Bilqis selon la tradition musulmane. Seule femme à être représentée dans l’art religieux aux cotés des mages, elle est considérée par les Ethiopiens comme l’ancêtre du mage Balthazar. 
Grenade a largement contribué à la postérité des mages. Au XIXème siècle des représentations théâtrales célébrant le périple des trois rois ont vues le jour, et c’est un 5 janvier 1912, que Grenade peut s’octroyer la paternité d’avoir créé la toute première Cabalgata, la plus ancienne d’Espagne. Certes la ville Alcoy (Alicante) fut la première à organiser dans ses rues un évènement dédié à ces rois d’orient, mais c’est à Grenade que les fonctions symboliques et les valeurs transmises par les mages ont pris tout leur sens lorsque trois Granadinos habillés en Rois d’orient, accompagnés d’un cortège, ont traversé la ville pour aller offrir leurs présents à 263 enfants infirmes et orphelins. Générosité et dialogue des cultures ont été les maîtres mots de cette toute première Cabalgata, devenue une source d’inspiration pour celles qui ont vu le jour dans toute l’Espagne et bien au delà. 

Fondation MAGOS La sagesse au service de la co-existence des cultures & du dialogue des religions www.fondationmagos.com

Olivier Jadoul : ”Au-delà du défi sportif, le challenge solidaire”
Olivier Jadoul : ”Au-delà du défi sportif, le challenge solidaire”
Auteur : Par Maud Maluenda
La Sierra Nevada
La Sierra Nevada
Auteur : Par Marc Bertho
A la découverte de Nerja
A la découverte de Nerja
Auteur : Par Frédéric André
Top