Rencontre avec Arturo Diez Boscovich directeur artistique de la comédie musicale Company

Votre équipe Esprit Sud a reçu une invitation qui ne se refuse pas : Assister à la comédie musicale de l’année, « Company ».

Impossible de l’ignorer, les affiches envahissent l’Andalousie depuis des semaines. A la tête de ce projet dantesque, l’enfant de la ville, Antonio Banderas. Mais faut-il encore le présenter ? Pour le seconder dans cette magnifique aventure, il a fait confiance à un autre « Boquerón », Arturo Diez Boscovich. Il lui a confié la direction artistique de la comédie musicale mais aussi du Théâtre del Soho. Compositeur et musicien talentueux, il endosse à la perfection ce nouveau rôle. Affable et sympathique, c’est un réel plaisir d’échanger avec celui dont on n’est pas prêt d’oublier le nom. Alors retenez le bien, chers lecteurs,  Arturo Diez Boscovich. Nous l’avons rencontré et son interview est à suivre après un bref portrait.

En 2013, Arturo Díez Boscovich a dirigé la tournée en Espagne de la comédie musicale « Les Misérables ». Auparavant, il menait de sa baguette de chef d’orchestre « Le Journal d’Anna Frank » et « Le Déluge à venir » à Madrid. 

Il voue une grande passion aux bandes originales de films. Il a dirigé de nombreux concerts de musique de cinéma, dont certains consacrés à John Williams. Il est à la base de spectacles comme « Disney in concert » et « La la land in concert »

Mais le malagueño ne s’est jamais inscrit dans un seul genre. Depuis 2008, il a travaillé de nombreuses fois avec l’orchestre philharmonique en affrontant de grandes pièces du répertoire classique. Un dévouement qui lui a valu en 2014 le prix de la Mairie de Malaga pour la Meilleure Œuvre Musicale. On le retrouve chaque saison au programme du Théâtre Cervantès, où il a récemment dirigé “Aïda”. 

En tant que compositeur, il a signé les bandes originales de films comme « Fuga » de Juan Antonio Espigares ou de « Urubú »

Il est à la tête de la direction artistique du Théâtre del Soho de Málaga depuis 2019. 

Interview réalisée le vendredi 4 février 2022.

Lorsque l’on se plonge dans votre parcours, Arturo Diez Boscovich, on peut dire que c’est véritablement la passion qui vous anime.

C’est vrai, sans le moindre doute. Avant tout, ce sont l’enthousiasme et la passion qui m’animent, peu importe les projets qui m’occupent. 

Nous avons pris un réel plaisir à voir « Company ». Vous menez à la baguette votre orchestre, vos musiciens, avec un enthousiasme incroyable. A tel point que l’on peut dire que vous faites pratiquement partie des personnages de cette histoire. Vous vivez pleinement ces deux heures trente de spectacle qui ne se déroule pas uniquement sur le centre de la scène mais aussi côté droit avec vous. Vous vivez pleinement ce moment et ça fait plaisir à voir. 

C’est exactement cela, je le vis chaque soir de manière intense, c’est vraiment fascinant. J’adore ce moment et la notion de plaisir est très importante pour moi. 

Comment devient-on le directeur artistique d’un tel projet? J’ai pu comprendre que c’est une discussion autour de la musique classique et de l’opéra, vos passions communes qui a conduit à un coup de foudre réciproque, entre Antonio et vous. 

C’est vrai cette conversation a été un élément déclencheur. Mais qui vous l’a dit ? 

Nous avons nos sources et Malaga est un village …

Ah, Ah, Ah vous avez raison. J’ai été en effet, convoqué par Antonio qui cherchait un directeur artistique pour son nouveau théâtre à Malaga, il y a trois ans maintenant. Nous avons beaucoup discuté, échangé sur des thèmes comme la musique classique ou l’opéra. Je n’ai pas hésité un instant quand il m’a proposé cette fonction. Un immense « oui » instantané et aujourd’hui, je n’ai pas le moindre regret. Nous sommes animés par cette même passion depuis ce moment. 

Comment pourriez-vous décrire Antonio Banderas? 

Antonio est une personne très créative mais c’est aussi un grand bosseur. Il est increvable. Il ne se ménage pas, c’est un battant. Il déborde aussi constamment d’idées. J’aime aussi ses côtés « enfantins ». Espiègle et curieux , il a su garder son âme d’enfant et continue à s’émerveiller des petites choses de la vie. Son rêve était de créer son propre théâtre et d’y programmer des comédies musicales et il y est parvenu. 

Être directeur artistique c’est impulser ses idées, créer une ligne artistique globale. Maintenant, le terrain est bien balisé par Antonio. Est-ce facile de travailler avec lui et de trouver sa place? 

C’est une immense star internationale mais il reste profondément normal, vraiment abordable. Travailler avec lui, ce n’est pas bosser avec une personne mondaine à l’égo surdimensionné. De l’extérieur, on peut croire que c’est le gourou de la secte « Soho » et ça l’est d’une certaine manière, mais avec bienveillance. Il fait l’unanimité et est extrêmement charismatique. Une personnalité forte et attachante. Toujours à l’écoute et disponible. 

Quelle est votre philosophie et le fil rouge dans votre gestion du théâtre. Quels en sont les axes prioritaires? 

Nous visons une certaine excellence. Opérer une sélection d’artistes majeurs et doués est ce qui prime. On ne peut atteindre un niveau artistique incroyable qu’au départ d’un long et dur travail, sans ménagement. 

« Company » se destine à une carrière américaine, avec des villes comme Los Angeles et Miami avec leur forte communauté hispanique. C’est un projet qui pourrait aboutir? 

Bien entendu et il est à l’étude. Les derniers mois ont été compliqués avec la pandémie. Nous devions jouer à Broadway la comédie musicale « A chorus line » mais tout est tombé à l’eau. Nous avons aussi pour projet d’exporter « Company » à Barcelone et à Madrid. A ce jour, Antonio ne veut pas suivre le projet et reprendre le rôle de Robert mais rien n’est fait…

Et l’après « Company » pour le théâtre Soho? Du théâtre, du flamenco aussi avec la danseuse Maria Pages notamment, un orchestre symphonique pop, ...  une diversité et une programmation riches. Quelle est la position que vous visez sur Malaga en sachant que le Théâtre Cervantès est une institution? 

Les démarches sont différentes et les objectifs le sont également. Le Théâtre Cervantès est municipal, Soho se place dans une autre optique. Nous avons pour objectif de développer des productions propres, des comédies musicales surtout, mais pas uniquement. Des projets avec de la musique de cinéma sont aussi à l’étude. Mettre sur pied des créations artistiques qui n’existent pas en Andalousie nous motive. Nous l’avons fait avec « A chorus line » et « Company » et ce sont des succès. Maintenant, créer des ponts ou initier des collaborations avec le Théâtre Cervantès et d’autres lieux symboliques de Malaga  sont des pistes intéressantes de réflexion. 

Peut-on dire que l’on peut prendre plus de risques avec un théâtre privé en regard d’un théâtre public ?

D’une certaine manière, nous disposons d’une réelle autonomie, nous vivons pratiquement dans une bulle et tout est possible ou presque. Bien qu’il soit actionnaire et à la base du projet Soho, vous l’ignorez peut-être mais Antonio ne perçoit aucun salaire pour « Company ». Cela veut dire beaucoup… 
 

Peut-on s’attendre un jour à voir naître une comédie musical sur Picasso, autre enfant de la ville et qu’Antonio a déjà interprété pour un film du National Geographic ? 

Question suivante…

Vous voulez dire qu’il bosse déjà sur l’adaptation de la vie de Picasso en comédie musicale ? 

Je ne vous ai rien dit…


Et un projet sur Mozart ? Je sais que vous êtes un inconditionnel du compositeur autrichien…

J’adorerais. Nous avons déjà évoqué ce thème avec Antonio mais la pandémie 
a créé un réel frein. Mais pourquoi pas, ce serait génial. 

Vous êtes né à Málaga, vous êtes un enfant de la ville, un pur « Boquerón», comme on dit ici. Vous êtes maintenant à la direction artistique d’un tel théâtre, c’est un rêve d’enfant qui se réalise ? 

Je vis un rêve éveillé. Vraiment, j’ai beaucoup de chance. Faire partie d’un tel projet est une belle opportunité. 

Quels sont vos endroits préférés à Malaga ? Quel est le programme d’une journée libre pour Arturo Diez Boscovich? 

Une chose est certaine c’est que ces journées sont très rares. Je m’occupe la plupart du temps de mes enfants quand je ne suis pas au théâtre et j’y suis pratiquement tout le temps. Je vis à côté du marché central d’Atarazanas et je quitte rarement mon quartier. J’aime me poser en terrasse d’un café autour de la cathédrale, y passer du temps avec mes amis que je vois peu. J’aime beaucoup ma ville et je m’y sens bien. 

L’Andalousie est magnifique, quels sont vos coups de cœur? 

Sans le moindre doute Séville. Et Cordoue aussi. Leur beauté et l’énergie qu’elles dégagent. Et hors de l’Andalousie, pour y avoir vécu et travaillé, Madrid aussi. Les comédies musicales qui y sont jouées sont incroyables. C’est la capitale. D’ailleurs quand j’y pense maintenant, c’est incroyable que l’on ait monté à Malaga une comédie musicale d’une telle ampleur. Mais revenons à Madrid, c’est une ville qui m’a toujours fasciné et je m’y sens souvent « appelé ». C’est difficile à expliquer. Madrid m’impressionne. 

Si vous aviez un rêve professionnel, quel serait-il? La composition de la musique d’un volet de Star Wars? 

Oh là là, c’est clair. J’aimerais aussi créer ma propre comédie musicale et qu’elle soit un succès mondial également. Une création et une production personnelle, c’est un rêve que j’aimerais réaliser. 

Quel est pour vous le compositeur de musique de film de référence, celui qui vous fait le plus vibrer? 

Difficile de n’en citer qu’un seul. Bien entendu, le new yorkais John Williams, vous me parliez de Star Wars à l’instant. Max Steiner aussi, nominé 26 fois aux Oscars et trois fois vainqueur, avec la musique des films Casablanca, King Kong… Bernard Herrmann aussi et ses compositions pour les films d’Hitchcock… ils sont si nombreux. 

Merci Arturo et bonne chance pour la suite de vos aventures musicales ! 

« Company » se joue du mercredi au dimanche, 19h30, au Théâtre del Soho, situé Calle Cordoba 13 à Malaga. La billetterie du théâtre est ouverte de 10 à 14h et de 17 à 21h. 
 

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