L'Espagne devrait devenir le deuxième producteur viticole au monde

L’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), groupe intergouvernemental à caractère scientifique et technique dans la filière viti-vinicole vient de communiquer ses chiffres. Ce groupe reconnu inclut 48 états et nous révèle les premières tendances pour l’année 2021.  Même si de faibles volumes de production sont prévus en Espagne, celle-ci passerait devant la France sur la deuxième marche du podium, toujours derrière l’Italie.

Cette année, le volume de la production mondiale de vin devrait être extrêmement faible, on devrait atteindre les mêmes quantités que celles de l’année 2017, « annus horribilis ». Les trois pays qui, ensemble, comptent une production de 113 millions d’hectolitres (44,5, 35 et 34,2 millions d’hectolitres), ont souffert du gel tardif du printemps et des conditions météorologiques, généralement très défavorables en 2021. Cette année par rapport à 2020, les seuls grands pays producteurs de vin de l’Union Européenne qui voient leurs chiffres de production à la hausse, sont l’Allemagne, le Portugal et la Hongrie.

Nous avons rencontré :

                       

Gautier ROMANI, sommelier et spécialiste en vins, un pied en France et un autre à Malaga

Antoni TERRYN, viticulteur à Toro, Zamora et propriétaire du domaine La Bodega Dominio del Bendito

Ils nous aident à comprendre ces chiffres et nous éclairent sur les productions des vins espagnols.

Gautier ROMANI nous enseigne qu’il faut prendre en compte les températures des derniers mois écoulés. En France notamment, les températures ont très souvent passé sous zéro et ce gel a conduit à une destruction d’une partie des récoltes. Une terrible vague de gel d’une intensité rarement atteinte a déferlé dans pas mal de régions vinicoles. La vague glaciale qui dura plusieurs jours avec des pics à moins 10 degrés faisait de plus suite à une période d’extraordinaire douceur qui a conduit à la sortie des premiers bourgeons. Le rendement a donc été impacté à la suite de cette combinaison de deux périodes climatiques extrêmes et anormales qui se sont succédées.

Au-delà de ce facteur climatique, Gautier ROMANI souligne que les politiques d’un pays comme la France est très différente de celles de l’Espagne. Depuis une vingtaine d’années dans l’hexagone, les AOC (Appellation d’Origine Contrôlée) mettent en place des régularisation de contrôle de production, on essaie de produire de moins en moins à l’hectare, pour obtenir un vin de plus en plus concentré et qualitativement meilleur. On ne retrouve que très rarement ce type de politique sur la péninsule ibérique ou le facteur quantitatif a plus tendance à primer. Ce spécialiste met donc plutôt entre parenthèses le problème de changement climatique sur ces productions. Il souligne plutôt des conditions de températures et de gel particulièrement défavorables.

Quant aux productions de vins de valeur, la France reste la première exportatrice avec une très forte augmentation cette année (notamment pour les vins de Champagne et les vins de Bourgogne). Gautier ROMANI y voit l’effet de ces changements de politique des AOC, favorisant le qualitatif sur le quantitatif, avec cette régulation du volume de production à l’hectare. Les vins sont dès lors vendus plus chers. En Espagne et Italie, les productions à l’hectare sont beaucoup plus élevées. Sans compter que le climat, même s’il joue un rôle, c’est en moindre mesure. La France reste, selon lui, bien devant côté chiffre d’affaires avec des vins vendus à des prix beaucoup plus élevés.

Selon Gautier ROMANI, ces pays du top 5 mondial ne sont pas près de se faire rattraper. Non pas que les autres n’ont pas de vins de qualité, bien au contraire mais en terme de surface de plantation. On note certains pays émergeants comme les Australiens. En Amérique du Sud, on produit également beaucoup, notamment au Chili et en Argentine. Mais cela reste bien en deçà de ce qui est produit en France, Espagne ou Italie. Maintenant, les politiques de ces pays quant aux surfaces de plantation peuvent être révisées et conduire à d’importantes variations sur quelques années. La Chine a commencé aussi à produire beaucoup de vins mais ils sont loin de faire l’unanimité. Peu sont en effet de qualité, nous renseigne le sommelier qui en a déjà goûter plus d’un. Il nous invite donc à nous méfier quant à ces chiffres car du jour au lendemain, on pourrait imaginer que la Chine ou l’Australie atteignent le top 3 de production mondiale. 


Antoni TERRYN nous éclaire sur les vignobles espagnols. Même si l’Espagne a modernisé son vignoble, une grande portion de celui-ci conserve des vignes anciennes ou matures. 
Ces types de culture sont adaptés à la sécheresse et à la chaleur ici dans le sud de l’Europe peut selon lui. Cela confère, à l’avenir, une meilleure régularité que la France dans la production en volume. Ici en Espagne, beaucoup d’appellations d’origine ont encore une bonne partie des vignes taillées en “gobelet” et sont non irriguées. Dans ces vignobles, même s’ils sont en général mécanisés, le raisin se collecte toujours à la main. Ajoutez également des épisodes de sécheresse plus fréquents en Espagne qu’en France, cela amène à une vigne ou des viticulteurs mieux préparés. 

Mais les choses évoluent et comme les voisins français, des régions viticoles telles que Castille et Leon avec le Ribera del Duero par exemple, font maintenant coexister les deux types de culture, la traditionnelle en gobelet, moins impactée par la sécheresse et la moderne avec des techniques en palissage (sur fil avec système d’irrigation). 

Antoni TERRYN n’exclût pas le facteur des maladies du bois comme impactant sur les chiffres. « L’esca » est une atteinte parasitaire de la vigne causée par des champignons. L’Espagne est bien moins touchée que la France ou l’Italie par ce fléau. 

Dans ses propres vignes, plutôt anciennes (elles ont entre 40 et 100 ans), Antoni parvient à maintenir voire à améliorer ses rendements.
Quant à la question du prix moyens des vins espagnols, il ne pense pas que le prix des bouteilles espagnoles vont flamber à l’avenir. Même s’il y a des appellations et des domaines qui sont parvenus à valoriser leurs crus ( Priorat, Ribera del Duero, Toro, les vins de la Sierra de Gredos), la majorité du marché espagnol d’exportation concerne des vins de moindre valeur que ceux exportés par les voisins français. 
Par contre, le viticulteur del Dominio del Bendito, reste convaincu que de nombreux domaines espagnols vont connaître une belle ascension à l’avenir et un futur prometteur. Il attire l’attention par exemple sur les vins de Jerez qui disposent d’un terroir unique et grandiose. D’ailleurs, Antoni conclut que les vins qui font le plus parler d’eux en ce moment sont des vins produits de manière artisanale. Actuellement, les vignobles anciens de variété locale ont le vent en poupe! 

En conclusion, l’exportation des vins espagnols, malgré les circonstances particulières de cette année, se porte plutôt bien. En 2013 également, l’Espagne, suite à une récolte de raisin exceptionnelle était devenu le premier pays producteur de vin au monde. On avait assisté à une récolte historique. Bien entendu, une météo extrêmement favorable sur la péninsule ibérique est un facteur important (avec suffisamment de pluie pour nourrir les vignes). Mais au-delà de ces conditions climatiques, une réforme structurelle de fond pour le secteur peut également expliquer ces chiffres comme nous l’ont signalé nos experts. Celle-ci correspond par exemple à arracher les vignes les plus anciennes et moins productives, modifier les plantations pour qu’elles gagnent en efficacité ou opter pour une récolte mécanique du raisin et non plus manuelle. Ces différents facteurs conduisent à augmenter sensiblement la productivité des vignobles. France ou Espagne, les deux pays partagent cette passion de la vigne, cette grande tradition du vin. On ne peut que constater que les dernières années, l’Espagne, en produisant de plus en plus de vins savoureux, s’est forgé une solide réputation. La péninsule exporte essentiellement ses crus vers l’Allemagne, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Chine. Les crus espagnols ont aussi leur petit succès au Mexique, en Suisse et à Puerto Rico. Avec des appellations d’origine à succès comme Rioja, Ribera del Duero, les cépages de Bierzo (Galice), le Cava ou encore le vin de Jerez, les bodegas espagnoles ont encore de beaux jours devant elles. Progressivement aussi, de plus en plus de petits producteurs ou des dénominations plus modestes, comme nous l’explique Antoni TERRYN, parviennent à se faire leur place au soleil et ont un succès grandissant.

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