A la découverte du Dominio del Bendito

Le domaine Dominio del Bendito est le rêve devenu réalité d’un iconoclaste, d’un passionné. Le Français Antony Terryn s’implique dans chacune des étapes du processus d’élaboration du vin. Des crus produits, se distinguent une identité forte et le reflet parfait de la personnalité d’un riche terroir. Antony est à la tête d’une cave qui se distingue avant tout par une production artisanale et à faible empreinte écologique. Les vins qu’il élabore sont authentiques, très personnels et de grande qualité. A ses yeux, les vignes de Toro figurent parmi les meilleurs cépages du monde. Une dénomination d’origine à laquelle fait partie sa « bodega » qui produit des vins au grand potentiel de vieillissement aussi et ce, indépendamment du millésime. Sa philosophie est simple. Il privilégie l’utilisation de produits naturels dans ses vignobles afin de maintenir un parfait équilibre au sein de ceux-ci. « Bendito » veut dire béni en français et le choix de ce nom de domaine correspond parfaitement à la relation amoureuse qui lie ce passionné à ses vignes. Antony Terryn se dit béni des dieux d’avoir un jour, découvert ces terres de Toro pour y trouver un raisin si particulier et si exceptionnel qu’il n’a jamais regretté cette si belle aventure. Partons à la rencontre de ce beau domaine, de ces vins et de ce vignoble si attachant. 

Vous êtes un passionné, Antony Terryn, on peut évoquer avec vous un parcours bien riche dans le monde vinicole...

J’ai eu un parcours atypique. À la base, je me destinais à une carrière de commercial pur. Rapidement et un peu par hasard, j’ai effectué un premier stage dans le monde du vin et cela m’a plu. De technico-commercial en vins et spiritueux à viticulteur (et le côté « production »), il n’y a qu’un pas, un grand pas certes, mais je l’ai franchi avec beaucoup de facilité. Je me suis dit, je vais arrêter de le vendre et je vais le produire. J’ai aussi effectué de nombreux stages, notamment 1 an en Bourgogne. J’y ai étudié à Mâcon Davayé. C’est un métier qui s’apprend surtout sur le terrain. 
La théorie est essentielle mais les contacts et l’apprentissage, les mains dans la terre, font la différence. J’ai voyagé également aux États-Unis, non pas en Californie, comme on pourrait s’y attendre mais bien à Seattle où j’ai découvert un vignoble extrêmement intéressant, les vignes de la vallée de la Columbia, plantées dans un désert avec systèmes d’irrigation.

En fait, des conditions proches de celles de Toro. Pouvez-vous nous parler des spécificités de la région de votre vignoble?

Exactement, c’est un vignoble qui partage pas mal de choses avec Toro. D’ailleurs, il s’en est fallu peu pour que j’y dépose définitivement mes valises. Je pense disposer d’un bon petit flair pour repérer les excellents terroirs et j’avais à l’époque l’intention de reprendre une superbe parcelle là-bas. Ici à Toro, on retrouve un climat singulier, c’est très sec. On a très peu d’humidité relative. On peut plus comparer Toro avec l’Alsace qu’avec la Provence. L’hiver est long et les intersaisons sont extrêmement courtes. C’est un climat continental proche de celui que vous pouvez connaître à Grenade même si cette ville est située plus au sud. Il fait très chaud ici l’été aussi. J’ai fait le choix raisonnable d’enterrer mes caves, ce qui fut très onéreux mais qui s’avère aujourd’hui payant ; je ne dois utiliser aucun climatiseur durant cette période de fortes chaleurs, à l’inverse des autres bodegas du coin. Plus éco-friendly et surtout nettement plus économique pour moi quand on voit les prix de l’électricité qui s’envolent. 

Et comment, Antony, avez-vous découvert cette région de Toro ? 

Il s’agit d’un heureux hasard. Et pour être précis, de deux coups du destin. Je me trouvais un soir à l’hôtel Parador de Tolède. Je demande au sommelier de me surprendre un peu et de ne pas me sortir une bouteille de Rioja. Coup de chance, celui-ci me propose un Toro. J’ai été immédiatement impressionné par ce raisin. 
Ma seconde rencontre avec ces crus de Toro, je la dois à mon père qui me propose d’aller visiter une cave d’un domaine de Vega Sicilia. Là, une jeune fille me fait l’honneur de me laisser goûter un vin qui à l’époque, n’était pas un secret, mais était pour le moins discret. Il s’agissait encore d’un vin dont l’élaboration était soignée et là, je me suis dit, c’est clair, je dois découvrir cette région et les raisins intéressants qui poussent sur ses terres. 

Vous avez donc été séduit par ces vins marquants avec une grosse personnalité... 

Exactement. Je suis parti à la recherche d’informations de ce vieux vignoble, pas touché par le phylloxéra, avec beaucoup de plants de franc-pied. Ce vin était aussi celui avec la plus grande réputation au temps de l’Empire. Dans les écrits historiques, dans la littérature, il n’y a pas d’équivalent en Espagne. Toro avait une réputation extraordinaire et ses vins étaient les seuls à rentrer à Séville (port d'exportation vers l'Amérique) n’importe quel jour de l’année et ils étaient exempts de taxe! 

Quelle est la relation des habitants de Toro, dans cette localité de Castille et Léon, avec le vin ? 

A Toro, les habitants considèrent que les Rioja et Ribera sont des vins à l’eau. Habitués à boire les crus locaux, boire autre chose paraît bien léger ensuite. Ils n’apprécient pas trop les comparaisons avec ces vins car ceux-ci sont des vins historiquement jeunes. Rien à voir avec les vins de Toro, vins des Empereurs et des Rois. De plus, pour la production de Rioja surtout, beaucoup de raisins étaient achetés à Toro à la fin du XIXème siècle. Une époque de gloire pour Toro. Un succès commercial qui a malheureusement conduit à une perte de qualité dans les productions, on acceptait tout et n’importe quoi, pour des impératifs financiers, ce qui est souvent le cas. A l’époque, Toro était aussi l’un des plus grands producteurs de fruits en Espagne, lors de l’ âge d’or de ces routes commerciales. Avant la guerre civile également, Toro était l’un des quatre centres d’expérimentations en Espagne, un endroit à la pointe en viticulture et œnologie. 

Ce qui explique en partie la perte de popularité de ces vins à l’époque... 

Oui et de plus, le fleuve DUERO n’est pas navigable, donc c’était compliqué d’acheminer le raisin et le vin qui partaient en charrettes aux quatre coins de l’Espagne ou en France. Cela prenait des semaines pour atteindre Séville par exemple. Le succès de la Rioja est né de la connexion ferroviaire. Ils ont pu amener leurs produits plus rapidement dans les centres urbains. 

Et votre histoire d’amour avec le vin, comment a-t-elle débuté ? 

Lors de l’adolescence, mon père, qui travaillait dans l’hôtellerie et la restauration, m’a initié.
Il m’a fait découvrir des vins exceptionnels.
Le week-end, il m’était permis d’en déguster, modérément bien entendu, mais je peux dire que mon papa, Philippe m’a conduit vers cette passion qui ne m’a plus lâchée depuis. Mon père n’a pas été tous les jours à la maison car il a beaucoup bossé. Mais il a toujours été présent dans les moments cruciaux de mon existence, toujours bienveillant. Dans les étapes importantes, il me donnait un coup de pouce, provoquant des situations ou facilitant des rencontres. Je suis aussi super admiratif des valeurs qu’il m’a inculquées. 

Aucun regret quant à votre choix ? 

Certainement aucun. J’ai de magnifiques vignes dans le plus beau des terroirs. A l’époque, tout le monde rigolait. Ces vignes, personne n’en voulait. Ce n’était que des « petites parcelles qui ne donnaient pas beaucoup de raisin ». Et aujourd’hui, nombreux tueraient pour les acheter. Vingt années se sont écoulées, beaucoup de travail et progressivement mes vins ont atteint une certaine réputation. J’ai parfois douté de mon projet car ma philosophie est de faire primer la qualité sur la quantité. Mais je n’ai jamais baissé les bras et je suis aujourd’hui à la tête d’une très belle affaire. Bien entendu, je n’ai pas une rentabilité de fou en comparaison avec des vignobles en palissés et gros volumes. 

Quelle est votre production annuelle ? 

Votre question est intéressante et la réponse vous permettra de saisir les principes qui m’animent. Je produis entre 100.000 et 120.000 bouteilles à l’année. Je travaille avec 7 permanents sur mon domaine. A Toro, j’ai des collègues dans une autre cave qui produisent 2 millions de bouteilles par an et ils sont 6. Ils ont misé sur la mécanique, le traitement informatique dans toutes les étapes, la technique prime. 
C’est plus « industriel ». Maintenant, je ne dis pas que leurs vins ne sont pas bons, mais c’est un autre concept. 

Cette illustration est la photographie du milieu du vin en 2021. 

Exactement. C’est l’industriel contre l’artisanat. Chacun son public. Mes vins de base sont aussi bons car les moins bons raisins que j’y consacre, sont déjà excellents. Le niveau de raisin produit sur mes terres est assez incroyable. L’œnologie c’est un peu pour moi cette image de l’homme qui se prend pour dieu. Mais nous nous devons de rester humbles. Nous sommes plus, face à la vigne, en position d’observateur plutôt qu’en position de sages qui maîtrisent ou qui savent tout. 

Pouvez-vous nous parler des conditions particulière de la région de Toro? 

C’est un climat en effet singulier ici. On peut plus comparer Toro avec l’Alsace qu’avec la Provence. L’hiver est long et les intersaisons sont extrêmement courtes. C’est un climat continental proche de celui que vous pouvez connaître à Grenade même cette ville est située plus au sud. 

Vous vous définissez comme un peintre avec une palette de couleurs qui te sont données par les vignes et la terre dans laquelle elles ont leurs pieds plantés...

C’est vrai c’est un peu cela. Au final, c’est ce qui définit avant tout les vins. L’homme compte moins, il doit être secondaire. S’il travaille bien ses vignobles, il s’efface derrière ceux-ci. La main de l’homme ne doit pas se voir de trop. Le viticulteur vient en aide mais ce qui prime c’est véritablement le vignoble et pas celui qui le gère. 

Une production pratiquement entièrement bio, ce n’est pas un choix anodin…
95% des vins produits sur mon domaine sont certifiés bio et ceux qui ne le sont pas, c’est parfois pour quelques kilos de raisins. Je n’ai pas de honte à dire qu’il y a vingt an, je rigolais du bio. Je m’y suis ensuite intéressé, je me suis dit que je me plantais et que c’était le chemin que je devais prendre. Cela s’est produit comme un processus naturel. Je ne me suis pas levé un matin et je me suis dit, ça y est, aujourd’hui, je fais du bio. J’avais croisé aussi des pionniers du mouvement en Bourgogne et participé à une conférence avec Pierre Masson, le maître des préparations biodynamiques, décédé en 2018. Je suis aussi un peu électron-libre et je veux garder ma liberté. Je prends ce que j’estime judicieux et utile mais je ne ruerai pas dans les brancards pour défendre l’une ou l’autre paroisse. Et des choix que me dictera également ma vigne. Cela peut paraître logique mais mes vins dépendent de mes raisins. 

Au rayon des passions, vous aimez aussi le snorkeling et la plongée..

Oui c’est vrai. J’adore cet univers sous-marin. On peut penser que cela n’a aucun lien mais en fait, si j’utilise des produits toxiques dans mes vignes, des engrais industriels, des herbicides ou autres insecticides, cela finira pas se déverser un jour dans la mer. Regardez le blanchiment des coraux. Il y a une forêt en Amazonie, bien entendu mais il en existe une aussi grande sous l’eau. Or tout le monde s’en fout. Des millions de personnes vivent de la mer, mais tout le monde s’en fout. J’avais croisé un jour en Thaïlande, un docteur en sciences, un Allemand, il avait tourné des reportages sur le sujet et il m’avait confié qu’il n’arrivait pas à vendre ses reportages. Que cela n’intéressait personne. 

C’est en effet des questions cruciales pour l’avenir de notre planète et des générations futures. A ce propos, Antony, vous avez des enfants ? Sont-ils, comme vous, passionnés par le vin ? 

J’ai trois enfants. Deux garçons et une fille. C’est elle d’ailleurs, Gabriella, 10 ans, qui me surprend. Je lui découvre un don pour les aromes, elle est vraiment très forte et ses avis sont généralement très justes. Maintenant, je ne suis pas le père qui va leur parler du vin matin, midi et soir, je ne leur impose pas le raisin au quotidien. 

Une bonne récolte cette année ? 

Oui le climat n’a pas été trop mauvais, on a eu beaucoup d’eau au printemps et la vigne a bien fonctionné. L’eau a aidé aussi à mes greffes. C’est une belle surprise cette année. Même si c’est toujours le cas. Quand le climat est moins clément et qu’il gèle, les crus sont bons malgré tout. La terre et les vignes sont telles à Toro, qu’il faut vraiment être très mauvais pour faire un vin pas terrible. 

Quel est votre mot de la fin, Antony? 

J’aimerais conclure avec ce message pour le public mais aussi pour les producteurs espagnols, en toute fraternité avec mes amis français et italiens, je pense que l’Espagne doit être fière de son héritage en matière de vin. Elle doit le revendiquer et cesser de développer un syndrome d’infériorité par rapport à ses voisins. Il y a un potentiel incroyable, des variétés surprenantes et un riche terroir ici sur la péninsule. Je me souviens aussi de ma première visite ici, je me trouvais au-dessus des vignes de mes futures parcelles quand un magnifique arc-en-ciel a percé des nuages. C’était un moment unique, un véritable appel du ciel qui me disait, Antony, c’est ton endroit. 


Llano La Silla s/n Pol. 1 Parcela 4524 Crta Alaejos km 3,5, CL-602,
49800 Toro, Zamora 
info@bodegadominiodelbendito.es

00 34 980 667 010 


 

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